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Glossaire

Inauguré fin décembre 2022, en vue de la refonte 2023.

  • Dans le corps du texte, les entrées du glossaire sont indiquées par une étoile * dotée d'un lien (surtout dans les pages des nouvelles sections 2023, le wiki « systématique »).
  • Chaque entrée comporte des suggestions pour approfondir, par association d'idées (vers des pages du wiki « sauvage » de 2022).
  • La fonction recherche permet de remonter vers les utilisations d'un terme (retrouver les étoiles).

Alliance d’enquête

Dans la méthodologie de l’enquête ethnographique, l’alliance d’enquête désigne les personnes rencontrées sur le terrain, qui s’investissent personnellement pour que l’enquête aboutisse. On trouve aussi le terme « informateurs », remontant à l’ethnographie coloniale, où le rapport était fondé sur une rémunération monétaire. À l’ère postcoloniale, il faut expliciter ce que chacun y trouve : l’analyse des alliances d’enquête est une étape obligée, pour toute enquête qualitative prétendant à une forme de rigueur scientifique.

Anthropologie

En grec « science de l’homme » : discipline au sein des sciences sociales, autrefois spécialisée dans l’étude des sociétés sans écriture (dites aussi « primitives »), dont la caractéristique reste aujourd’hui de fonctionner par dépaysement.

Archéologie

Au sens premier, l’archéologie est l’étude des traces de vie humaine dans un passé lointain sans écriture, un passé pré-historique. C’est une branche de l’anthropologie*, dans la mesure où l’interprétation de ces traces s’appuie nécessairement sur une réflexion plus large, ayant pour objet l’homme dans sa généralité.

Depuis le travail de Michel Foucault (1926-1984), le mot est utilisé en sciences sociales dans un sens figuré : faire l’archéologie d’un mot ou d’une institution, c’est reconsidérer les conditions sociales et historiques qui l’ont amené à exister. Cette archéologie travaille sur un sol métaphorique : un passé qu’on suppose enterré, et qu’il s’agit d’exhumer. Remarquons aussi que la perspective devient ici régressive : elle prétend étudier le sous-sol sans démolir le bâtiment.

Que ces deux sens coexistent au sein des sciences sociales, sans qu’on prenne vraiment le temps d’interroger leur contradiction, c’est peut-être un indice de la faiblesse actuelle de l’anthropologie, et plus certainement encore d’un désintérêt pour le fait monothéïste. Quoi qu’il en soit, l’archéologie au sens foucaldien est un outil indispensable pour l’étude du monde contemporain. Le plus souvent j’utilise le terme dans ce sens-là.

Cumulativité

« Par cumulativité d’une science, on entend la possibilité d'intégrer les résultats d'un grand nombre d'observations et d'expériences dans l'unité d'un modèle susceptible de les déduire. » (Jean-Michel Berthelot, via Google).

LIENS ?

Cybernétique

Terme passablement décrédibilisé par la science fiction, aujourd’hui utilisé comme synonyme de l’informatique (cyber-sécurité etc.), mais qui désigne à l’origine une posture d’analyse portée sur l’étude des rétroactions. Le mot est repris du grec kubernêtikê (κυβερνητική), que Platon utilise pour désigner l’art de piloter un navire.
Le terme est choisi dans les années 1940 lors des fameuses « conférences Macy sur la cybernétique », déterminantes dans l’émergence de l’informatique, dont Gregory Bateson fut l’un des membres fondateurs. Dans le domaine des sciences sociales, où la pensée cybernétique reste en fait assez peu répandue, la référence à Bateson est donc un signe de ralliement.

Dualisme

Cartesianisme renvoie ici également.
Tendance à concevoir le monde comme fondamentalement double dans sa structure, avec une sphère des idées et une sphère de la matière, un être humain écartelé entre le corps et l’esprit, entre nature et culture, etc..
Pour Gregory Bateson, le dualisme doit être pensé et traité comme une pathologie de l’épistémologie*, caractérisée par un primat excessif accordé à l’induction sur les autres formes de raisonnement, et conduisant à l’erreur chronique du concret mal placé…

Si la lutte contre le dualisme est aujourd’hui de mise dans toutes les disciplines, Bateson prend le parti de désigner l’ennemi : l’œuvre philosophique de René Descartes (1596-1650) et peut-être la philosophie elle-même (voire la France…), où il situe l’une des sources principales de la pathologie dualiste. C’est un fait que dans l’histoire des sciences, la révolution mathématique dont Descartes est le nom (l’algébrisation de la géométrie) ne pouvait mener qu’à une inflation d’habitudes intellectuelles dualistes, grâce notamment aux fameuses coordonnées cartésiennes

Épistémologie

« En tant que science, l’épistémologie étudie comment les organismes isolés et les ensembles d’organismes connaissent, pensent et décident. En tant que philosophie, elle étudie les limites nécessaires et les autres caractéristiques des processus de connaissance, de pensée et de décision. » (repris du glossaire de La Nature et la Pensée, p.234).

Indépendamment de la science ou de la philosophie, on utilise aussi le terme comme synonyme de « culture », pour désigner les épistémologies locales qu’étudient les anthropologues. Mais Gregory Bateson, revisitant sa formation initiale de biologiste à partir de sa discipline d’adoption (l'anthropologie), s’est progressivement montré sensible au monde vivant en tant qu’Épistémologie (qu’il propose d’écrire avec un É majuscule).
Dans les deux cas, on se rapproche alors du terme épistémé, souvent utilisé par les philosophes et les historiens des sciences mais dans un sens plus vague et intellectualiste, contre lequel Bateson entre en résistance. La notion batesonienne d’esprit (mind)* peut s’entendre comme une conception non-dualiste* de l’épistémé - mais elle comporte en français des connotations « spiritistes » assez fâcheuses. Donc pour ma part j’utilise l’adjectif épistémique, et bien dans un sens batesonien.

Esprit

Traduction du mot anglais mind (non pas de spirit ou de ghost…), sans aucune connotation spiritualiste, mais comme lieu du phénomène mental.
Notion à travers laquelle Gregory Bateson a tenté, vers la fin de sa vie, d’opérer la synthèse des différentes disciplines traversées au cours de sa carrière :

  • d’abord en 1972 dans Vers une écologie de l’esprit (Steps to an ecology of mind), recueil de ses principaux articles en anthropologie, psychiatrie, biologie de l’Évolution et en épistémologie ;
  • puis en 1979 dans La nature et la pensée (Mind and nature: a necessary unity), réflexion d’un biologiste sur les fondements anthropologiques de l’activité scientifique, où Bateson commence à dégager les critères formels du processus mental.

Gregory Bateson - Critères du processus mental
La Nature et la Pensée, pp.97-98


1. Un esprit est un ensemble de parties, ou composants en interaction.
2. L'interaction entre les parties d'un esprit est déclenchée par la différence (…).
3. Le processus mental requiert de l'énergie collatérale.
4. Le processus mental requiert des chaînes de détermination circulaires (ou plus complexes).
5. Dans les processus mentaux, il faut considérer les effets de la différence comme des transformations (c'est-à-dire des versions codées) d'événements qui les précédaient. (…)
6. La description et la classification de ces processus de transformation révèlent une hiérarchie de types logiques immanente aux phénomènes.
Je montrerai que les phénomènes que nous appelons pensée, évolution, écologie, vie, apprentissage et autres ne se produisent que dans des systèmes qui obéissent à ces critères.

Ethnographie

L’ethnographie est une démarche expérimentale, conçue pour palier l’insuffisance des sources écrites (graphein) à travers l’engagement personnel du chercheur, dans l’approche d’un univers social donné (ethnos). Autrefois cantonnée à l’étude des sociétés exotiques ou du folklore, l’ethnographie est aujourd’hui le lieu privilégié d’une réflexion sur les sciences sociales et leurs fondements empiriques.
L’adjectif « ethnographique » a donc deux sens :

  • sens ancien (que je n’utilise jamais) : relatif à la description culturaliste des pratiques d’une peuplade donnée.
  • sens actuel : relatif à l’exercice réflexif* et aux conditions de possibilité d’une écriture scientifique située.

Europe

Occident renvoie ici également pour l'instant.
En tant que « zone culturelle » (comme disent les anthropologues), l’Europe doit être clairement distinguée du christianisme. Les historiens s’accordent à dater l’émergence d’un sentiment européen autour de l’An Mille : avec les Croisades (dont les chrétiens de Constantinople font les frais autant que les musulmans) et avec la fondation des premières universités (au nord et au sud de la Méditerranée).
Du point de vue de la genèse historique*, l’Europe doit être définie comme une mutation de la chrétienté latine en contexte islamique - i.e. survenue à une époque où l’Islam* est à son rayonnement civilisationnel maximum. La science historique n’a aucun doute là dessus, même si cette réalité prend à rebours tous les récits construits depuis la Renaissance, qui fondent notre identité.
L’Europe est une entité qui - un peu comme un Bernard l’Ermite - s’invente une filiation imaginaire à une autre culture, la Grèce antique, dont elle ne sait pourtant lire les textes qu’à travers les sources arabes. C’est dans cette affaire - la fameuse « transmission arabe d’Aristote » - que se scelle le destin européen, beaucoup plus que dans la partition de l’Empire Romain (IVème siècle), comme le racontent les livres d’école. L’Europe est le nom de cette condition épistémique très spécifique, qui ne concerne même pas nos voisins orthodoxes (eux n’ont jamais cessé de lire les textes grecs…), dans laquelle nous sommes les seuls à être vraiment pris.

Explication

« Expliquer, c'est cartographier les éléments d'une description sur une tautologie »
Gregory Bateson, La Nature et la Pensée (1979), p.90 (⇒ voir l’entrée tautologie).

Cette définition de l’explication, abordée en tant que phénomène biologique et cognitif, permet à Bateson de construire un pont entre sciences physiques et sciences du vivant, c’est-à-dire entre explication classique et explication cybernétique.

Hanbalisme

Le hanbalisme est l’une des quatre écoles classiques du droit musulman sunnite, la dernière dans la succession chronologique après le hanafisme (qu’on pratique en Turquie), le malékisme (en Afrique du Nord) et le chaféisme (en Égypte, Yémen et océan indien). Majoritaire dans les pays du Golfe, le hanbalisme est la tradition de Mohammed Bin Abdelwahhab (1703-1792), théologien co-fondateur de l’Etat saoudien, et aussi d’un grand réformateur médiéval de Damas, Ibn Taymiyya (1263-1328).
Cette école est réputée la plus rigoriste, laissant le moins de marge à l’effort rationnel dans l’énonciation du droit. De fait elle est fondée par l’imam Ahmed Ibn Hanbal (780-855), héros de la résistance à l’Inquisition du Calife Al-Ma’mun (fondateur de la Maison de la Sagesse), qui entendait imposer à tous les oulémas de l’Empire une conception philosophique de l’islam, le mu’tazilisme.
De nos jours, beaucoup d’intellectuels modernistes prétendent remettre en cause la centralité du hanbalisme dans la tradition sunnite. Ils considèrent comme allant de soi que le hanbalisme n’a rien apporté aux sciences, et que l’islam lui-même se porterait mieux sans Ahmed Ibn Hanbal. Que serait-il advenu de l’histoire des sciences si l’Inquisition mu’tazilite avait réussi ? Drôle d’idée tout de même - mais ont-ils seulement les moyens d’y réfléchir sérieusement ?!

Homoérotisme

Adjectif appliqué à des comportements ou à une esthétique, suggérant un lien avec la notion moderne d'homosexualité, sans pour autant se prononcer quant à son caractère avéré.
Dans le monde universitaire occidental, il y a eu un « moment homoérotique » des études sur le Moyen-Orient, moment qu’on peut situer entre le 11 septembre 2001 et les révolutions de 2011, chez des auteurs qui tentaient de pointer là l’origine diffuse d’un blocage démocratique supposé. Je me suis inscrit dans ce courant au début de ma thèse (2005-2006).
J'ai conservé ce terme après 2007, mais sans la moindre insinuation et dans le cadre d’une approche interactionniste plus rigoureuse, juste comme synonyme de : homosexualité de l’observateur.

Homologie

En biologie de l’Évolution, l’homologie est une ressemblance formelle entre deux espèces, liée à une filiation commune (par exemple, entre le bras de l’homme et la nageoire d’un dauphin).
Elle s’oppose à l’analogie, ressemblance formelle dans l’usage, indépendante d’un héritage évolutif commun (par exemple, entre la main de l’homme et la trompe de l’éléphant).
La subtilité des rapports entre homologie et analogie a joué un rôle central dans l’histoire de la biologie, quelque peu relégué depuis l’essor de la génétique et de la biochimie. Elle continue d’occuper une place centrale dans l’épistémologie batesonienne, que j’applique pour ma part à l’étude de la matrice monothéiste (analogies comportementales et homologies des figures prophétiques).

Honneur

Dans l'une de ses études kabyles publiée en 1965, Pierre Bourdieu décrit Le sens de l'honneur comme la combinaison dialectique de :

  • un sacré droit, principe masculin associé au point d'honneur - le nif (nez) dans la langue locale - soit la capacité à répondre, à relever le défi, à en mettre plein la vue…
  • un sacré gauche, principe féminin associé à la pudeur et à l'interdit - hurma dans la langue locale - soit la capacité à savoir sa place, à connaître son rang, et ainsi à ne pas se déshonorer.

Cette présentation a joué un rôle crucial dans mes premières études, et s'est naturellement intégrée aux perspectives systémiques que j'ai développé ultérieurement.

Idolâtrie

Dans les traditions monothéistes, l’idolâtrie désigne le culte rendu à l'image d'un dieu (peinture, statue, idole…) comme si elle était le dieu en personne.
En islam, l’idolâtrie correspond à la notion de shirk (شرك), ou péché d’association : le fait d’associer à Dieu une autre entité, afin de lui vouer un culte compatible avec ses propres passions. On lui oppose le tawhîd (توحيد), un effort d’unification des pratiques d’adoration dans la perspective du Dieu unique.

Au deuxième siècle de l’islam, le christianisme traverse la crise iconoclaste : une profonde crise politique et existentielle, portant sur le caractère licite de la vénération des images. Face aux défaites militaires contre les Arabes, plusieurs dirigeants se laissent convaincre que l’Empire s'est attiré la colère de Dieu. Mais finalement, le deuxième concile de Nicée (787) impose dans l’orthodoxie le caractère licite des images, en les reliant à la notion d’incarnation. Bien entendu, les livres d’histoire racontent cette crise sans la relier à la concurrence spirituelle musulmane, mais comme une « crise de maturité » autonome du christianisme, que l’islam devrait nécessairement traverser à son tour…
Il n’en demeure pas moins que l’image en elle-même ne suffit pas à faire science - sans critique épistémique des représentations, débouchant sur une forme d’unification théorique. Ce principe est singulièrement mis à mal dans les sciences sociales de l’ère postcoloniale tardive.

Intégration

En mathématiques l’intégration est une somme de parties, addition d’une infinité de divisions infinitésimales, qui converge néanmoins vers une quantité finie.
En physique, on s’efforce de modéliser des situations réelles complexes d’une manière qui soit mathématiquement intégrable. Lorsqu’on y arrive, on tient une explication*. Donc en termes batesonien, l’intégration apparaît comme une tautologie* de très longue portée.
En microhistoire*, on tente d’expliquer la réussite ou l’échec d’un acteur historique particulier, en s’interrogeant sur les conditions qui président à l’intégration des actions individuelles - « l’agrément de Dieu », en termes pré-modernes.
En théologie monothéiste, Dieu conditionne l’agrément des actions individuelles, à travers la médiation tautologique d’un message révélé, qui permet leur intégration. De fait, a-t-on connaissance de phénomènes sociaux de portée comparable aux traditions monothéistes ? À ce jour, ce type d’intégration n’a été réalisé ni par les mathématiques, ni par les sciences modernes et « transhumanistes ».
Note : La cohérence de toute cette affaire se retrouve probablement dans les croyances philosophiques et religieuses de Descartes, Leibnitz, et autres inventeurs du calcul infinitésimal.

Islam

Je reprends à mon compte une convention de la recherche française, gage de laïcité, qui distingue l’islam comme tradition religieuse (avec un i minuscule, comme le veut l’orthographe française) de l'Islam comme réalité sociale* présente et passée (avec un I majuscule). Cette distinction a été critiquée, pour des implications néocolonialistes sans doute avérées. Pour ma part, je préfère les affronter sur le terrain épistémologique, où cette distinction orthographique est indispensable.

Logos

Terme central de la pensée grecque antique, qui postule la possibilité de saisir le monde à travers un art du discours parlé, tel qu’il se déploie dans la philosophie*, et dont découle la logique.
À l’inverse, la tradition du monothéisme conçoit la possibilité de saisir le monde à travers le discours révélé d’un Dieu créateur, extérieur à l’activité discursive ordinaire des hommes.
Rassemblées dans le creuset chrétien, puis islamique, la raison médiévale ('aql) permet le développement parallèle de ces deux traditions, qui s'effondrent à nouveau l'une sur l'autre dans le rationalisme* européen.

Si l’idée monothéiste fait naître le goût des livres anciens, peut-on vraiment se fier à ceux d’Aristote ? Non, répondent les premiers philosophes chrétiens, comme Augustin d'Hippone (IVème siècle), dit Saint Augustin. Articulée dès les premiers siècles du christianisme, la question des rapports entre Raison et Révélation demeure au centre de la pensée médiévale, notamment d’expression arabe (al-‘aql wal-naql, العقل والنقل), où se développe une connaissance intime de cette philosophie. Mais avec l’œuvre philosophique de Thomas d’Aquin (XIIIème siècle), dit Saint Thomas, la chrétienté latine prétend avoir résolu le dilemme, ouvrant la voie au développement exponentiel de l'Université, et finalement au rationalisme moderne (XVIIème siècle).

Métacommunication

La particule méta- vient du grec ancien μετά, « au-delà, après ».
Le terme métacommunication est introduit par Gregory Bateson en 1935 pour pallier l’insuffisance d’une conception « télégraphique » de la communication, simple transfert d’informations de A vers B. En réalité, la communication implique toujours l’existence d’un cadre, dans lequel les messages sont interprétés. Et dans toute communication réelle, une partie des messages porte en fait sur ce cadre, qu’elle cherche à maintenir ou à faire évoluer. Bateson nomme « métacommunication » cette partie du message : l’art de communiquer sur la communication.

Métacontexte : partie du contexte ne faisant pas forcément l’objet d’une communication explicite, néanmoins indispensable à l’interprétation correcte des messages produits. Selon moi, l’Islam* est un métacontexte de l’histoire des idées européenne.

Microhistoire

La microhistoire est un courant de recherche historiographique né dans les années 1970 en Italie, en réaction à l’école des Annales. Proposant aux historiens de délaisser l’étude des masses ou des classes pour s’intéresser aux individus, elle développe des réflexions méthodologiques intéressantes sur la variation des échelles d’analyse et d’observation.

Modèle d’Ising

Le modèle d’Ising est un modèle théorique de base en mécanique statistique (ou physique des transitions de phase*). Il a été introduit en 1924 par les physiciens allemands Wilhelm Lenz et Ernst Ising, afin d’expliquer les propriétés ferromagnétiques des matériaux.

  1. On considère un réseau de « spins », lesquels sont de petits aimants permanents ;
  2. chaque spin porte une valeur soit de « + » soit de « - » et a tendance à se modifier pour s'aligner avec les spins à côté de lui ;
  3. la chaleur permet aux spins de se modifier au hasard ;
  4. les spins s'ajoutent à une magnétisation nette.

Le modèle d’Ising a l’avantage d’être intégrable*, c'est-à-dire soluble mathématiquement.
Quand il fait assez froid, tous les spins s'alignent et forment collectivement de grands aimants. Quand il fait assez chaud, les spins se modifient si fréquemment qu'ils deviennent indépendants de leurs voisins, comme un gaz de spins, de sorte que le réseau n'a pas de magnétisation globale. La transition entre ces phases est abrupte, et à la température critique exacte on observe de nouveaux comportements intéressants.
(Repris de Aperçus aléatoires sur l’universalité en physique, page de l’ENS Lyon attribuée à Harriet Walsh & Philip Clarke)

Variations sur le modèle d'Ising (dans la section Le modèle)
Voir aussi l'entrée : transitions de phase

Objectivisme

Définition du Larousse : « Doctrine philosophique aux termes de laquelle ce qui apparaît avec évidence à l'esprit constitue la vérité ultime de la réalité extérieure ».

L’objectivité a été posée conceptuellement par les philosophes grecs, à travers ce qu’on appelle le logos* : la possibilité d’un discours vrai, dans lequel les mots recouvrent des choses dans un rapport de vérité. Pour autant, la tradition grecque savait mettre en garde contre une confiance excessive en l’objectivité du langage, fut-il scientifique : les Grecs distinguaient évidemment le logos du noûs, l’Intellect gouvernant le monde, et Aristote n’était jamais séparé de son maître Platon.
En Occident, après la réduction mathématique de la raison médiévale*, l’objectivisme a gagné la partie. Dans la conception qui est la notre, la science implique nécessairement une recherche de l’objectivité.

Les sciences sociales* sont objectivistes, comme toutes les disciplines scientifiques. Mais par la nature de leur objet, elles sont confrontées plus directement au danger associé. « L’objectivisme enferme toujours la virtualité d’un essentialisme », nous prévient Pierre Bourdieu.

Observation participante

Méthode de travail des anthropologues, théorisée tout au long du XXème siècle, visant à faire coexister une forme d’empathie et une forme d’objectivation.

Ontogenèse

En biologie : « Processus de développement de l’individu ; elle comprend le développement embryonnaire dirigé par le patrimoine génétique, plus tous les changements éventuels que le milieu ou l’habitude peuvent imposer. » (repris du glossaire de La Nature et la Pensée, p.235). On oppose souvent l’ontogenèse à la phylogenèse, qui décrit l'histoire évolutive de l'espèce, les deux étant liés par des relations homologiques*.
Ces questions fondamentales de la biologie constituent la formation initiale de l’anthropologue Gregory Bateson, qui m’a aidé à structurer mes idées à partir de 2008 : une formation intellectuelle portée sur l’observation des structures dynamiques du vivant, réservoir d’analogies quasi-inépuisable pour l’étude des comportements et institutions humaines.
C’est cette approche qui organise mon appréhension actuelle de l’histoire monothéiste.

L’ontogenèse ethnographique (sous ma plume) désigne métaphoriquement le processus d’émergence, en lien avec une tradition monothéiste, d’une conscience intellectuelle située (voir la notion d’ethnographie), puisant simultanément dans son « patrimoine génétique » (le Livre révélé) et dans l’interaction de sa communauté.

Orient

L'Orient est ce lieu dont la traversée ponctuelle peut renouveler tous vos horizons, et vous nourrir pour toute une vie. Il n'y a là de ma part aucun fanatisme et aucun parti pris : l'Orient est un phénomène anthropologique objectif, lié à l'assise monothéiste de l'histoire des idées européenne.

(Argumentaire de la section Valoriser).

« Le Moyen-Orient, économiquement en retard, porte les formes familiales les plus complexes et les plus “évoluées” : la famille communautaire endogame, qui associe le père et ses fils mariés, puis encourage le mariage entre les enfants de ces frères, résulte de cinq mille ans d’évolution. L’Amérique du Nord, leader de la globalisation économique puis de sa contestation, représente, plus encore que l’Angleterre ou la France du Bassin parisien, la forme familiale nucléaire la plus proche du modèle originel d’homo sapiens. »

Emmanuel Todd dans Où en sommes-nous ? Une esquisse de l'histoire humaine (Seuil 2017).
Frise résumant ce que je comprends de l'histoire (intellectuelle) du monde

Philosophie

La philosophie est une tradition intellectuelle qui se développe en Grèce classique, autour d’une séquence biographique étonnante, fondatrice de l’époque hellénistique :

  1. Socrate est un maître énigmatique d’Athènes qui pratiquait le dialogue spéculatif, et prétendait ainsi « faire accoucher les esprits ». Accusé de corrompre la jeunesse, il est condamné à boire la ciguë en l’an -399. Son activité ne nous est connue qu’indirectement.
  2. Platon est un disciple de Socrate, dont il couche les dialogues par écrit. Ses traités sur le beau, le politique, la vertu, développent la notion de logos. Il est le fondateur de l’Académie.
  3. Aristote est un élève de Platon de statut métèque (non-athénien), qui applique le logos de manière systématique aux réalités d’ici-bas, et fonde ainsi les premières disciplines : biologie, physique, politique, rhétorique, logique… Ses ouvrages resteront pendant deux millénaires - jusqu’à la révolution scientifique européenne - les références incontournables de toute activité scientifique rationnelle.
  4. Alexandre-le-Grand est le fils du roi de Macédoine, qui engage Aristote comme précepteur pour l’élever dans l’idée platonicienne du Philosophe roi. Alexandre réunit les cités grecques pour envahir l’empire Perse, diffuse la culture grecque en Égypte et jusqu’aux rives de l’Indus (Inde actuelle). Il meurt de maladie en -323, âgé de trente-deux ans, sans avoir mené à bien son projet de conquête de l'Arabie.

L’ère hellénistique prend fin quatre siècles plus tard avec le développement du message chrétien, synthèse du logos* et de la prédication monothéiste*, où Jésus prend peu ou prou la place de Socrate. L’activité philosophique décroit.
Sous domination arabe, la philosophie connaît une seconde jeunesse qui permet l’émergence de la raison* médiévale. Introduite en Europe, “digérée” par Thomas d’Aquin (m. 1274), elle sert de socle théologique à l’Église pendant quelques siècles, jusqu’au choc frontal avec Galilée (m. 1642) et Descartes (m. 1650), qui discrédite Aristote définitivement.
En Europe, la science s’est réorganisée autour des propositions cartésiennes. Mais on continue d’entretenir des philosophes qui lisent les auteurs grecs… ainsi que ceux qu’ils jugent compatibles : un rituel identitaire européen, qui pallie les insuffisances du dualisme* et nous permet, malgré l'ignorance de notre propre histoire, de rester en contact avec le monde.

Postcolonial

Sur l’ensemble de ce site, j’utilise le terme « postcolonial » au sens de la périodisation : l’époque postcoloniale est une période historique qui a succédé à l’époque coloniale, elle-même en passe d’être remplacée par une nouvelle période - « post-postcoloniale », comme on pourrait la nommer temporairement.
Cet usage diffère d’un autre, peut-être prédominant mais que je considère abusif, où le terme postcolonial signifie : « encore colonial », la continuation du colonial jusque dans le présent. Dans bien des situations, l’usage du terme suffit à me positionner dans un camps : mes interlocuteurs partent au quart de tour, après quoi il faut désamorcer ; l’incident ouvre un espace à la discussion.
De mon point de vue, le terme postcolonial reste indispensable lorsqu’on parle du Moyen-Orient, afin de pointer l’organisation spécifique du monde entre 1945 et 2011.

  • 1945, l’établissement d’une Pax Americana au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, reprenant à son compte la doctrine énoncée durant la Première par le Président Wilson : « le droit des peuples à disposer d’eux-même ». Doctrine qui attribue un rôle singulièrement central aux sciences sociales (indispensables pour se constituer comme « Peuple »…).
  • 2011, moment historique de cristallisation de la promesse postcoloniale, qui est aussi un « chant du cygne ». Dorénavant la population arabe est massivement alphabétisée - donc plus manipulable par les médias et réseaux sociaux, certes, mais attachée surtout au cadre des « Républiques Arabes »… - et voilà soudain qu'elle se soulève, en reprenant sans équivoque le lexique européen : pour demander l’État de droit.

Réponse des Nations Occidentales entre frilosité (Syrie, Yémen), opportunisme des dirigeants (Egypte, Libye), et émotivité des opinions publiques (qui ne voient pas plus loin que l’assassinat de caricaturistes au bout de leur rue, pendant que des pays sont rayés de la carte). Une trahison historique ? Peut-être. En tous cas un démenti de fait aux croyances collectives qui sous-tendaient l’action politique. Disons un démenti historique, dont l’époque postcoloniale ne peut simplement pas se relever.

J'utilise aussi l'expression : ère postcoloniale tardive. En général il s'agit du Yémen des années 2000 (déjà pleinement conscient de ces contradictions) ou de la France des années 2010 (qui persiste dans son déni).

Raison

Le terme latin ratio signifie initialement calcul, ou méthode. Mais comme toujours, il s’est trouvé investi de l’héritage intellectuel grec à travers deux chemins distincts - l'antique et le médiéval - pour prendre son sens actuel dans les langues européennes.

  1. Le terme ratio est utilisé dans les traductions latines de l’antiquité, comme équivalent de la notion grecque de logos (λόγος)*, la pensée appuyée sur le discours - notamment chez le philosophe romain Cicéron, mort en - 43.
  2. Mais avec l’irruption du christianisme, le terme grec logos est préempté dans son sens non-philosophique ordinaire : on parle de la Parole de Dieu, apportée par Jésus et les prophètes du judaïsme. Les deux usages sont incompatibles, si bien que la tradition philosophique s’éteint progressivement.
  3. La révélation coranique apporte un nouveau déplacement : Jésus n’est pas le fils mais seulement le mot de Dieu, kalimat Allah (كلمة الله) - voir versets 3:39, 3:45 et 4:171. Les mots ainsi désintriqués, théologiquement et linguistiquement, l’activité philosophique peut renaître dans une tradition d’expression arabe.
    En problématisant les rapports conflictuels entre Philosophie* et Révélation, les penseurs musulmans travaillent pleinement l’hypothèse philosophique du noûs (νοῦς), l’Intellect gouvernant le monde (que les Grecs n'ont jamais confondu avec le logos), qu’ils expriment par la notion arabe de ‘aql (عقل).
  4. Mais pour traduire ‘aql, lors des grandes traductions latines du XIIe siècle, c’est encore ratio qui est utilisé. Dès lors, le terme latin est investi de deux notions grecques distinctes - à la fois le noûs et le logos - ce qui relance la question des rapports entre Raison et Révélation (scolastique).
  5. Au XVIIe siècle, l’absolutisme européen se cristallise dans la pensée de René Descartes (m. 1650), avec son fameux slogan existentiel : « Je pense donc je suis » (Cogito Ergo Sum). C’est la naissance du rationalisme européen, dont la filiation est indissociablement chrétienne et musulmane : puisque je m’identifie à Jésus (qui est le mot de Dieu), ma pensée (logos) est aux prises avec l’Intellect du Monde (noûs).
    En pratique cependant, le dualisme* cartésien ne fonctionne vraiment que dans le domaine des mathématiques… Face à Descartes, Blaise Pascal (m. 1662) souligne le paradoxe par son aphorisme bien connu : « Le cœur a ses raisons (noûs) que la raison (logos) ne connaît point… »

Réductionnisme

Voir l'entrée Transitions de phase.
 

Réflexivité

Exercice qui consiste à observer l’observateur, à étudier les modalités de la connaissance. À l’ère postcoloniale, la réflexivité devient un élément fondamental de l’exercice ethnographique* et de sa scientificité. Pour autant, les chercheurs répondent à cette injonction sous des formes très différentes, qu’il convient de distinguer :

  • la réflexivité d’enquête (explicitation des alliances* nouées sur le terrain) ;
  • la réflexivité d’auto-analyse (sociale, familiale, psychanalytique…) ;
  • la réflexivité épistémique (au sein de l’Arbre de la Connaissance, quels paradigmes ont déterminé l’approche scientifique qui a été la mienne) ;

La Réflexivité dans la méthode ethnographique.

Science

Mes lecteurs sont susceptibles d’avoir en tête surtout deux conceptions du mot « science », qu'il importe ici de distinguer clairement :

  • la conception liée à la révolution scientifique européenne du XVIIe siècle (Descartes, Newton, Galilée…) ;
  • la conception islamique, qui naît (dans la conception sunnite orthodoxe) avec la révélation coranique du VIIe siècle ;

Pour le versant épistémologique* de cette distinction, voir les entrées : #raison, #monothéisme. Bien d’autres conceptions existent et sont anthropologiquement possibles, mais leur examen excèderait la portée de ce site.

  • Qu'en est-il du logos* chez les Grecs, cinq siècles avant notre ère? C'est précisément sur cet héritage que le monde monothéiste s'est divisé pendant deux mille ans, conduisant à l'émergence de ces deux conceptions.

Notons qu’à la tradition philosophique grecque*, la révolution scientifique européenne entretient des rapports complexes et ambivalents : elle s’affirme initialement contre Aristote, ce qui lui donne son momentum et son statut de « révolution », pour autant elle s’inscrit dans le moment culturel de la Renaissance, qui prône le retour aux sagesses de l’Antiquité. Et comme le génie mathématique cartésien a finalement échoué à renouveler l’ensemble du savoir humain, les filiations aristotéliciennes demeurent dans de nombreux domaines.
Par contraste dans l’Islam* comme civilisation, les deux conceptions sont distinguées plus clairement. Des auteurs médiévaux d’expression arabe ont apporté des contributions décisives dans de nombreux domaines (médecine, histoire, optique, astronomie) ; l’historien des sciences repère même des évolutions plus profondes de l’approche scientifique elle-même (abstraction algébrique, expérimentation…). Mais « l’inspiration divine » n’y est pour rien, en tous cas la science islamique n’a jamais joué à ce jeu-là, dans sa conception sunnite orthodoxe - contrairement notamment à Descartes*, dont l’approche spirituelle fait également tradition. La science islamique a toujours distingué très clairement les sciences religieuses et celles de ce bas monde, et cette distinction (liée historiquement au hanbalisme*) a été en elle-même fondamentale pour l’histoire des sciences.
De cette clarté passée vis-à-vis de la science des Grecs, découle l’ambivalence actuelle vis-à-vis des sciences modernes, légitime et nécessaire à l’heure de la crise écologique. Cette ambivalence-là, les musulmans d’aujourd’hui gagneraient peut-être à l'assumer plus clairement.

Par défaut sur ce site, j’utilise le mot science dans le sens moderne : c’est l’histoire d’un physicien qui part au Yémen, et je m’exprime aujourd’hui comme anthropologue. Dans le domaine des sciences islamiques, je ne peux me prévaloir que d’une fréquentation dilettante, encore teintée d’observation participante*, mais d’aucune formation sérieuse à ce jour (ijâza).

Structure

« Disposition, Agencement des parties (d'un ensemble), tel qu'il apparaît lorsqu'on l'étudie » (Dictionnaire Le Robert).
L’expression structure qui relie (pattern which connects) est utilisée par Gregory Bateson, dans son dernier livre La Nature et la Pensée, pour désigner l’appréhension du monde dans son unité épistémique*.

Social

Adjectif que nous prononçons tous sans y penser (centre social, mouvement social, prestations sociales…). C’est à l’origine un substantif (« le social »), dont les sociologues se souviennent lorsqu’ils tentent de réfléchir à ce qu’ils font. Risquons en une définition : l’ensemble des coutumes et institutions qui régulent notre vie collective, appréhendées sous l’angle de l’objectivité historique, et néanmoins envisagées comme un tout. La notion de social s’organise autour d’une tension, parce que l’objectivité toujours découpe le monde, et la sociologie prétend le réunir.

D’un point de vue anthropologique, l’institution sociologique dérive à l’évidence d’une métamorphose de l’Église chrétienne à l’ère industrielle, où le Social occupe évidemment la place de Dieu : une mutation monothéiste d’après la révolution scientifique européenne*. Pour autant, la pensée sociologique est déjà avérée en Islam* au XVe siècle (Ibn Khaldoun n’utilisait pas le terme social mais sa pensée tournait autour d’une fétichisation analogue, promettant à ses yeux l’émergence d’une science nouvelle, qui n’a finalement fleuri qu’en contexte européen).

Quoi qu’il en soit, ces filiations historiques n’empêchent pas d’aborder le Social en tant qu’hypothèse scientifique, d’en tenter la critique épistémologique et empirique, à la manière d’un physicien expérimentateur : préciser le concept, comprendre l’approximation qu’il recouvre, en déterminer les conditions de validité - tenter en un mot d’en acquérir l’intuition. C’est cette démarche qui a été la mienne, dont découle tout mon travail.

Sociologique : Dans mes tâtonnements pour cerner les faux-semblants de l’époque postcoloniale tardive*, j’ai souvent utilisé l’adjectif dans un sens réflexif (relatif à la sociologie, pris dans l’hypothèse théorique qui lui est associée) plutôt que dans un sens positif plus ordinaire (relatif au social, à la société). Cela m’avait déjà valu un commentaire lors de ma soutenance de DEA, dans des circonstances qui ne permettaient pas de lever l’ambiguïté.

Sociologie

Parmi les trois disciplines principales des sciences sociales, avec l’histoire et l’anthropologie, la sociologie est celle qui s’intéresse aux situations contemporaines sous l’emprise de l’État - quand l’anthropologie se charge des situations en marge de cette emprise (société sans écriture), l’histoire se chargeant des situations passées (envisagées à partir des traces écrites).

En tant que discipline étroite, la sociologie n’est pas vraiment mon problème - d’autant que j’ai été formé dans une institution alors à l’avant-garde de cette proclamation d’unicité (feu le Laboratoire de Sciences Sociales de l’ENS). Donc par commodité, il m’arrive d’utiliser « sociologie » comme synonyme de « sciences sociales », et l’adjectif « sociologique » comme synonyme de « relatif à l’hypothèse du Social »*.

Tautologie

En logique, la tautologie désigne une proposition vraie quelle que soit la valeur de vérité de ses composants. C’est un procédé rhétorique souvent utilisé en poésie (« Je suis comme je suis », dit Jacques Prévert), mais omniprésent aussi dans le monde vivant, nous dit Gregory Bateson. Observez la structure d’un arbre, d’une fougère ou de votre propre main, et vous y verrez la répétition d’une même proposition tautologique simple, codée quelque part dans le patrimoine génétique. La vie fonctionne toujours comme ça.
Bateson va plus loin en soulignant que la science elle-même est toujours de nature tautologique (voir ci-dessus sa définition de l’explication). D’où cette définition, dans le glossaire de La Nature et la Pensée :

« Tautologie : Ensemble de propositions liées entre elles où la validité des liens ne peut être mise en doute. La vérité des propositions en revanche n’est pas posée. Exemple : la géométrie euclidienne. »

Transitions de phase

En physique, on appelle « transition de phase » les changements d’états, c’est-à-dire les passages entre des états plus ou moins ordonnés de la matière : passage d’une phase solide à une phase liquide ou gazeuse, et réciproquement. Autre exemple : le phénomène d’aimantation, lorsque toutes les particules alignent leur moment magnétique (spin) sur une direction particulière ; ou encore la perte de cette aimantation, quand l’agitation thermique dépasse un certain seuil (voir l'entrée Modèle d’Ising*).
Dans la physique des transitions de phase, on s’efforce de prédire le comportement macroscopique observé, en intégrant des comportements microscopiques individuels, préalablement modélisés. On a ainsi pu réduire la thermodynamique (lois reliant les paramètres de pression, volume et température) à la mécanique statistique (propriétés globales d’un grand nombre de particules en mouvement). On parle alors de réduction d’une théorie à une autre. Les physiciens sont souvent sollicités pour mettre en œuvre ce genre de démarches dans des domaines connexes comme la biologie, voire en sciences sociales - mais on court toujours le risque du réductionnisme.


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fr/glossaire.txt · Dernière modification : 2023/01/31 12:16 de mansour