La théorie du Za’îm

Le “Za’im” et les frères du quartier. Une ethnographie du vide.
(Mémoire de maîtrise d’ethnologie à l'Université Paris X-Nanterre, juin 2004).

Cadastre du quartier de mon enquête et formule d'eulogie caligraphiée.

« Le Za'im, c'est celui qui, à l'image du Prophète, frappe les esprits de son entourage par sa vertu. Son excellence est telle qu'elle suscite spontanément l'amour de ses disciples. Naturellement, l'entourage du Za'im suit son exemple et lui obéit. Ainsi le Za'im impose son autorité sans la forcer, il parvient en douceur à mener les autres vers plus d'excellence et de vertu. »
Définition donnée dans mon mémoire à la section 6, « Ziad en société » (accès direct p.43).

Chantier de février 2023 : Et si je n'étais pas retourné au Yémen en juillet 2004, après ma première étude? Si je n'étais pas sorti des écrans radars, en préférant rejoindre la réalité contenue dans ces pages? Dans cette section, je fais abstraction de toute la suite (que la communauté musulmane ne pourra jamais accepter au fond, pour des raisons très légitimes…). Je réinvestis ce mémoire, afin d'en refaire une porte d'entrée vers mon travail.

Sur l’image ci-dessus, une calligraphie est superposée au cadastre de mon terrain, avec le quartier « stigmatisé » de ma première étude. C’est ce mémoire que je me propose de revisiter ici, après un enterrement de près de vingt ans. La formule en arabe signifie « Que soient sur lui les prières et le salut d’Allah ». Reprise de longue date sous forme d’un caractère d’imprimerie (  ﷺ ), cette formule doit être prononcée par les croyants après toute mention du Prophète Mohammed, conformément à l’instruction donnée par Dieu dans un verset de la sourate Al-Ahzâb (Coran 33:56). La reprise de cette formule indique que le nom du Prophète est « hors classe » : qu’il ne peut être objet du discours sociologique, car c’est la sociologie* elle-même qui pointe inconsciemment vers lui.
Ça ne plairait sans doute pas à Ziad de voir ce mémoire ainsi ré-affilié au Prophète de l'islam - car depuis une dizaine d'années, Ziad s'identifie à Jésus. Dans une ville livrée aux factions djihadistes, qui le considèrent comme un pauvre fou, il professe un néo-évangélisme militant et m'insulte au nom des voix du Ciel, chaque fois que nous nous parlons sur Whatsapp. À moins qu'à travers cette double contrainte*, ce soit précisément ce qu'il me demande de faire…