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Termes arabes
Le terme arabe mawlâ (pl. mawâlî) au participe passé, signifie « rapproché de », « ami de », « protégé par » - le wâlî étant au contraire celui qui protège, au participe actif, soit le patriarche.
Dans les premiers siècles de l’islam, lorsque le pouvoir était détenu par les conquérants arabes (dynastie ommeyade ), les mawâlî étaient des esclaves affranchis. Participant à la conquête et à la dynamique de l’islam après leur conversion, ils restaient néanmoins affiliés à leurs anciens maîtres, dont ils portaient le nom de famille (comme dans l’Europe pré-moderne). Avec la dynastie abbasside , les mawâlî deviennent sociologiquement majoritaires, mais le rapport de clientèle structure encore la société - jusqu’à l’époque contemporaine, malgré sa marginalisation par le vocabulaire de l’État-nation (qui ne reconnaît d’autre protecteur que l’État, en principe).
Mieux comprendre le lien social à Taez, en étant au clair sur ma propre dépendance : c’est le pari de la réflexivité* ethnographique. Dans une anecdote de 2008 (peu après ma conversion), Yazid me désigne comme le « fils » (walad) de son frère Ziad, dans un sens équivalent. Entre temps Ziad a perdu sa position dans la famille, il finira par se déclarer chrétien, donc la situation est plus complexe en réalité. Mais toute dette ethnographique débouche sur un lien social, dont l’anthropologue a pour tâche d’établir l’objectivité.
Traduction du mot arabe shâqî (pl. shuqât), littéralement « celui qui peine ». Dans le Taez des années 2000, le terme désigne le travailleur manuel isolé en ville, qui vend sa force de travail dans l'espace public. Le terme comporte :
- une connotation positive : les mérites du travailleur, en lien avec une revendication de justice sociale ;
- aussi une connotation plus ambiguë : le shâqî, c'est le « damné » d'un point de vue religieux, et l'isolement social n'est jamais complètement innocent, dans la logique de la société yéménite.
C'est cette complexité que je m'efforce de démêler en 2004 pour ma seconde enquête (DEA), avant d'évoluer vers les problématiques de vulgarité.
« Al-Gawla (le rond-point). Ethnographie et Ségrégation sur le Rond-Point des Hommes de Peine » (mémoire de DEA)
« Les hommes de peine dans l'espace urbain : spécialisations régionales et ordre social à Taez » (Article publié dans la REMMM)
(…) / Termes indigènes
Fitra
Le terme arabe fitra désigne l’état d’une créature à sa naissance, tel que voulu par le Créateur au terme du développement embryonnaire. Le terme a également le sens d’intuition, de connaissance intuitive des choses.
L’islam considère judaïsme et christianisme comme des religions qui éloignent l’individu de sa prime nature (cela vaut a fortiori pour le zoroastrisme et les cultes non-monothéistes). En ce sens, tout enfant naît dans l’islam, avant que son environnement social ne le modifie pour l’inscrire dans son groupe. Par contraste, la sharia est conçue comme un ensemble de règles ayant pour finalité ultime de maintenir l’homme dans sa fitra, soit dans la connaissance intuitive des choses, et notamment de sa filiation.
Entrée « Intersexuation » du glossaire.
(…) / Termes arabes
Nizâm
En contexte yéménite la notion de régime (nizâm en arabe), issue des sciences politiques, implique tacitement une perspective bien particulière associée à ces dernières. Invoquer le « Régime », c’est parler du pouvoir de l’État dans le langage des institutions internationales, ce qui n’est jamais un acte anodin. L’analyse anthropologique permet de montrer l’imbrication étroite entre régimes politiques arabes postcoloniaux et régime épistémologique des sciences sociales postcoloniales*. En ce sens, le spécialiste du Yémen commet une erreur de type logique*, lorsqu’il parle du « Régime » comme d’une chose extérieure à son propre point de vue.
Hâra
On doit distinguer entre :
- le quartier d'habitation, comme le quartier al-'Â'idî, avec interconnaissance des familles, et à sa tête un sage° ('âqil) ;
- le secteur urbain, comme le Hawdh al-Ashraf, plutôt centré sur des lieux publics (carrefours, souks et avenues commerçantes).
Le terme arabe hâra est utilisé dans les deux cas, mais je m'efforce de réserver le terme quartier au premier cas.
Le terme arabe qariyya, que l'on traduit ordinairement par « village », désigne une entité géographique plus large d'habitat dispersé. En fait on parle plutôt d'une « vallée » - contreforts inclus, car l'habitat ne se concentre pas au fond des vallées, contrairement aux montagnes françaises. Au Yémen, c'est le haut des montagnes qui est le plus prisé (plus frais, moins de mélange avec les populations voisines), sauf dans des cas particuliers comme Qadas, où la description comme vallée est la plus adéquate.
Le village fait aussi office d'appartenance tribale dans la région de Taez, car la morphologie tribale au sens strict est moins marquée qu'ailleurs (on ne connait pas ses ancêtres sur vingt générations…).