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Le christianisme comme processus

Premier jet 26/29 juillet 2022. À travailler.

Si l’islam peut être envisagé comme l’aboutissement d’un processus ethnographique, alors le christianisme également s’entend comme un processus, essentiel dans mon cheminement.

La « révélation » de juin 2004

L’essentiel des matériaux de mon enquête, lors de mes deuxième, troisième et quatrième séjours, reposent sur une « révélation » de juin 2004, ma conversion délibérée à l’homosexualité. Je me prépare alors à retourner au Yémen malgré mon passage à l’écriture, malgré que l’écriture est masturbation. Je suis en couple à l’époque, mais ce n’est pas moi qui suis en couple, plutôt une créature - appelons-là un jinn - qui me masturbe et qui est en couple avec elle :

« L’essentiel de mon mémoire, je le rédige sur la table de sa chambre, la rejoignant dans le lit longtemps après. Porté par l’excitation, je la réveille pour que nous nous rendormions ensemble. » (Pourquoi j’ai violé Waddah)

C’est contre tout cela que je m’insurge, en m’identifiant alors comme homosexuel. La force qui me guide s’appelle Dieu, c’est elle qui me permet de m’extirper, mais je ne sais pas encore le dire. Je ne sais pas encore dire quelque chose comme « l’écriture est masturbation ». Je suis comme les premiers chrétiens juste après la disparition de Jésus, avant le travail théologique des siècles ultérieurs. En juin 2004 il y a juste cette évidence que je dois retourner là-bas, sans être retenu par rien.

Quelques années plus tard (2007), je laisserai entrer Dieu dans ma vie sur le terrain, précisément à ce titre : comme possibilité d’un rapport à l’autre qui ne soit pas masturbatoire. Alors seulement, mes interlocuteurs finiront par l’admettre : « Après ton premier séjour, on ne s'attendait pas à ce que tu reviennes… ».

Avec le recul, cette « révélation » de juin 2004 m’apparaît comme l’affirmation d’une profession de foi personnelle, indissociable de ma foi dans les sciences sociales : l’idée que Dieu est descendu parmi les hommes.

En juin 2004, je proclame que je ne suis pas damné malgré mon retrait dans l’écriture, malgré ma désobéissance à la Loi. Malgré que j’ai commis le péché fondamental : la contemplation pour moi-même de mes propres pensées, à égalité avec le réel. Par la masturbation, en octobre 2003, j’ai rendu possible l’acte que Waddah posait comme condition. Mais c’était pour rendre possible sa parole, pour arracher son témoignage, fut-ce à son corps défendant. Dès lors, je suis pris dans un engrenage de justification. Dans mon mémoire, je raconte l’apparition d’un être exceptionnel, puis sa soustraction hors du monde (Coran 4:158). Une fois le mémoire déposé, je quitte toute attache en ce bas monde, pour rejoindre ce pays où la Parole est devenue chair (Jean 1:14 / Coran 4:171). Instinctivement, je tâtonne vers une foi dont je ne connais pas encore le nom.

Juin 2004, c’est l’affirmation que l’écriture est réversible, qu’il m’est possible de retourner vers ceux que je viens de coucher sur le papier. C’est la foi de Saint Paul, avec ses missives, qui fonde la Nouvelle Jérusalem en l’Église du Christ.

En juin 2004, j’ai eu la certitude de trouver Dieu parmi les hommes. L’homosexualité a tout bouleversé sur son passage.

fr/comprendre/processus/christianisme.txt · Dernière modification : 2022/09/04 08:05 de mansour