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fr:theologie:coran:004:157

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 [[fr:atelier:exegese:coran:004:157|✎]] Tiré de sourate n°[[Accueil|4]] //[[https://www.taez.fr/coran/sourate004.html#157|Les femmes]]//  [[https://tanzil.net/#4:157|النساء]] <wrap lo>(médinoise, 176 versets).</wrap> [[fr:atelier:exegese:coran:004:157|✎]] Tiré de sourate n°[[Accueil|4]] //[[https://www.taez.fr/coran/sourate004.html#157|Les femmes]]//  [[https://tanzil.net/#4:157|النساء]] <wrap lo>(médinoise, 176 versets).</wrap>
  
-À propos de la mort de Jésus, le Coran tente de « pacifier le terrain » dans le verset 157 de la sourate //Les Femmes//, en contestant à la fois la mémoire juive (présuméede l'évènement et les « conjectures » de la tradition chrétienne :+<WRAP centeralign lo> 
 +{{ :fr:comprendre:images:schemas:crucifixion-magritte.jpg?nolink |« Ceci n'est pas un Christ en croix »}} 
 +Interprétation du verset 4:157 : « Ils ont été victimes d’une illusion »,\\ d’après le tableau de René Magritte //[[wp>The Treachery of Images|La Trahison des Images]]// (1928)
 +</WRAP>
  
-<wrap coran>[156Ce châtiment, [les Juifsl’ont bien mérité en raison de leur infidélité et à cause de l’ignoble calomnie qu’ils ont fait courir sur Marie, [157] et également pour avoir dit : «Nous avons tué le Messie, Jésus, fils de Marie, prophète de Dieu», alors qu’ils ne l’ont point tué et qu’ils ne l’ont point crucifié, mais **ont été seulement victimes d’une illusion**, car même ceux qui se sont livrés ensuite à des controverses à son sujet sont encore réduits, faute de preuves, à de simples conjectures. En réalité, ils ne l’ont point tué, [158] mais c’est Dieu qui l’a élevé vers Lui, car Dieu est Puissant et Sage.</wrap>\\+<wrap coran>[157Et [les juifs sont damnés] également pour avoir dit : //« Nous avons tué le Messie, Jésus, fils de Marie, prophète de Dieu »//, alors qu’ils ne l’ont point tué et qu’ils ne l’ont point crucifié, mais ont été seulement victimes d’une illusion, car même ceux qui se sont livrés ensuite à des controverses à son sujet sont encore réduits, faute de preuves, à de simples conjectures. En réalité, ils ne l’ont point tué, [158] mais c’est Dieu qui l’a élevé vers Lui, car Dieu est Puissant et Sage.</wrap>\\
  
-===== Une querelle islamo-chrétienne =====+===== Une vérité spirituelle ===== 
 +Jésus n’a pas été crucifié, il n’a pas été tué.\\ 
 +Ce verset apporte une différence subtile au récit de la tradition chrétienne concernant Jésus - récit globalement repris par ailleurs. Rappelons que le Coran ne conteste ni la virginité de Marie ([[https://www.taez.fr/coran/sourate004.html#156| ]][[..:004:156|4:156]]), ni que Jésus soit « l'esprit » de Dieu ([[..:004:171|4:171]]) et un « mot » de Lui ([[fr:theologie:coran:003:045|3:45]]) ; il ne conteste pas les miracles accomplis ([[https://www.taez.fr/coran/sourate003.html#049|3:49]], [[https://www.taez.fr/coran/sourate004.html#110|4:110]]), la réalité de sa mission et de sa persécution. Mais au lieu d’avoir été tué sur la croix, d’avoir séjourné trois jours dans le tombeau, d’avoir été ressuscité puis finalement rappelé au Ciel, Jésus a été directement rappelé par Dieu, //avant// d’avoir à subir la crucifixion.
  
-L'exégèse musulmane retient majoritairement que Jésus n'a pas été crucifié du toutcomme il est dit en toutes lettres au milieu du verset 157. La négation de la crucifixion constitue un « marqueur identitaire » particulièrement forthier comme aujourd'hui, puisqu'à l'évidence elle frappe de vacuité l'ensemble du dogme chrétien. Cependant il n'est pas sûr que ce soit le sens original. L'ensemble du passage autorise d'autres interprétationsaujourd'hui privilégiées par le courant universitaire historico-critique, mais déjà présentes dans l'exégèse musulmane <wrap lo>(voir sur Wikipedia : [[wpfr>Mort de Jésus de Nazareth dans l'islam]], et le commentaire du //[[#sq|Study Quran]]// reproduit ci-dessous)</wrap>.+Comment cela ?? Avec sa mort sur la croixl’histoire de Jésus comportait //un// aspect relativement plausibledans une histoire débordant de miracles plus invraisemblables les uns que les autres. L’histoire comportait un aspect tangibleet voilà que le Coran nous l’enlève ?? Eh bien justement ! Le Coran nous soustrait la crucifixion parce qu’elle est inconnaissable, et cette soustraction fait partie intégrante du Mystère (//al-ghaïb//).
  
-On peut simplement retenir que <wrap nif>les juifs ne sont pas les véritables auteurs de la mort de Jésus</wrap>et que <wrap hurma>certains aspects du dogme chrétien sont sans fondement</wrap>. Retenir surtout que <wrap alsqr>Jésus n'a //pas// été abandonné par Dieu</wrap>idée particulièrement choquante pour les musulmans et qu'ils associent à la crucifixion mais en fait la tradition chrétienne le disait déjà d'une autre manière (voir [[fr:theologie:bible:psaumes:022|Psaume 22]]).+===== Commentaires médiévaux ===== 
 +Par la suiteles commentateurs médiévaux sont venus remplir ce mystère par des commentairesqui sont devenus canoniques (voir ci-dessous le résumé du //[[#sq|Study Quran]]//). Ils ont expliqué que les Romains, à cause d’une illusion d’optique, n’avaient pas pu distinguer entre Jésus et ses disciples, ou encore qu’un disciple s’était porté volontaire pour prendre sa place, voire même un inconnu, auquel Dieu avait donné l’apparence de Jésus…
  
-Rappelons que le Coran ne conteste ni la <wrap alsqr>virginité de Marie</wrap> (verset 156 ci-dessus), ni que Jésus soit <wrap alsqr>« l'esprit » de Dieu</wrap> ([[fr:theologie:coran:004:171|4:171]]) et <wrap alsqr>un « mot » de Lui</wrap> ([[fr:theologie:coran:003:045|3:45]]), ni même qu'il ait été <wrap alsqr>rappelé au Ciel</wrap> (verset 158 ci-dessus). Il ne conteste pas la réalité de sa mission et de sa persécutionmais se contente de ramener celle-ci à sa juste place.\\ +Cette démarche paraît en contradiction directe avec le texte coranique dans ses accents rationalistes, qui condamnent clairement la tentation de forger des légendes voir à propos des gens de la Caverne ([[https://www.taez.fr/coran/sourate018.html#022| ]][[..:018:022|18:22]]), ou encore à propos de l’âme ([[https://www.taez.fr/coran/sourate017.html#085| ]][[..:017:085|17:85]]). Mise en garde réitérée au sein-même de ce verset : //« Ils en sont réduitsfaute de preuves, à de simples conjectures »//.
-Les vraies divergences théologiques avec le christianismeconcernant la divinité de Jésus ou sa qualité de « fils de Dieu », sont exprimées très explicitement et à plusieurs reprises au fil du texte. Ce passage-là paraît d'autant plus ambigu par comparaison - en particulier l'expression très allusive //shubbiha lahum//, « ils ont été victimes d’une illusion ».+
  
-===== Interprétation laïque =====+Gardons à l’esprit que les commentateurs n’adhéraient pas forcément aux interprétations qu’ils rapportaient, ils se contentaient d’en rapporter l’existence. À cette époque, le problème était surtout d’apporter des réponses aux fidèles, dans un monde médiéval qui se développait en communautés cloisonnées. La négation de la crucifixion constituait un « marqueur identitaire » particulièrement fort, puisqu'elle frappait de vacuité l'ensemble du dogme chrétien. Dans ce monde médiéval, cela n’empêchait pas la coexistence, une relative familiarité envers les convictions dogmatiques des uns et des autres, sur fond d’une culture monothéiste commune.
  
-En tant qu'anthropologuece verset me parle de la difficulté inhérente aux <wrap alsqr>sciences sociales</wrap>toujours écartelées entre le <wrap nif>vécu des acteurs</wrap> et la faiblesse des <wrap hurma>interprétations surplombantes</wrap>.+Seulement voilà : l’Europe nous a fait sortir du Moyen-Âge. L’Europec’est-à-dire l’affirmation de la chrétienté latine dans les domaines politiqueéconomique, intellectuel et technologique. Quelque part, ce mouvement historique confirme que Jésus n’était pas mort, qu’on ne pouvait pas l’enterrer à si bon compte. Émergeant d’une relecture complète des sources antiques - notamment sur les questions de rationalité[[fr:glossaire:raison|*]] (voir glossaire) - ce Jésus européen est en grande partie tributaire de la tradition musulmane, telle qu’on peut la saisir dans ce verset.
  
 +===== Lecture historique =====
 +Entre islam et christianisme, la vraie divergence théologique n’est pas de savoir si Jésus a été rappelé au Ciel après ou avant d’être crucifié. La vraie divergence, exprimée très explicitement et à plusieurs reprises au fil du texte, concerne la divinité de Jésus ([[https://www.taez.fr/coran/sourate005.html#116| ]][[..:005:116|5:116]]), ou encore l’idée selon laquelle Dieu se serait donné un fils (par exemple [[fr:theologie:coran:004:171|4:171]]). Le Coran cible les croyances projetées par la religion romaine impériale, dans les premiers siècles de notre ère, sur un prédicateur juif de l’une de ses provinces.
  
-Dit autrement, ce verset nous parle de la //Trahison des images// : + 
-<WRAP centeralign lo> +[[wpfr>Énée|{{ https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/b/b6/En%C3%A9e_%26_Anchise_Lepautre_Louvre_M.R.2028_noir.jpg/260px-En%C3%A9e_%26_Anchise_Lepautre_Louvre_M.R.2028_noir.jpg?200|Énée portant son père (fiche Wikipedia)}}]] 
-{{ :fr:comprendre:images:schemas:crucifixion-magritte.jpg?nolink |}} +À l’origine, la religion romaine était essentiellement une religion du culte filial : le culte des fils pour leur père, sur le modèle d’[[wpfr>Énée]] fondateur mythique de Rome, portant son père lors de la fuite de Troie.\\ 
-« Ceci n'est pas un Christ en croix » ([[wp>The Treachery of Images|d'après Magritte]])+Dans le passage de la République à l’Empire, avec la captation par Rome de l’héritage culturel grec et des territoires conquis par Alexandre, ce culte filial ordinaire est « embrigadé » peu à peu dans un culte de l’Empereur, et donne naissance à un monstre : 
 +> Plus l’agressivité sexuelle impériale était surabondante et presque exubérante, plus la paix de l’Empire était renforcée et les âmes insouciantes. La libido transgressive (ou les légendes libidineuses) des empereurs devint elle-même un rôle sexuel statutaire dévolu au prince. Ce désir sans borne étaie la loi de l’empire sans frontières. Au Genius du prince est confiée toute la génitalité du territoire de l'Empire. À lui (à lui qui est seul au monde à ne pas être soumis aux lois) revient tout l'interdit du monde. À lui toute la colère, à lui tout le caprice, à lui toute la féminité, à lui l'inceste, à lui la bête, etc. Ces récits milésiens qu'on brodait ou qu'on inventait de toutes pièces sur les princes offraient une fonction apotropaïque [qui conjure le mauvais sort]. L’empereur sous ce jour n’est qu’un grand //tintinnabulum// [sculpture en forme de phallus ailé<sup>[[wpfr>Tintinnabulum_(Rome_antique)| ]]</sup>] qui fait fuir l’impotence. 
 +<WRAP rightalign>[[fr:explorer:auteurs:Pascal Quignard|Pascal Quignard]], //Le sexe et l’effroi// (Gallimard 1994), pp.37-40</WRAP> 
 +Cette tyrannie sexuelle devint peu à peu invivable, autant pour les personnes bannies, les nombreux exilés, que pour les citoyens eux-mêmes « L’érotisme joyeux et précis des Grecs se métamorphose en mélancolie effrayée », remarque Pascal Quignard, en contemplant les fresques romaines retrouvées à Pompeï (//ibid//, p.11).\\ 
 +D’où le succès d’une lecture romaine de la passion du christ : une lecture où [[wpfr>Portement_de_croix|Jésus porte sa croix]] comme Énée portait son père, devenant par là l’Empereur céleste, dont le culte efface les péchés du monde, et soulage les Romains de leur propre calvaire. 
 +[[wpfr>Portement_de_croix|{{ https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/3e/Cristo_cami%C3%B1o_do_Calvario_en_Ganthem.jpg/193px-Cristo_cami%C3%B1o_do_Calvario_en_Ganthem.jpg?200|Portement de croix (Wikipedia)}}]] 
 + 
 +C’est par cette ruse de l’Histoire, par cette //illusion//, que le monothéisme juif s’est propagé dans l’Empire universel, jusqu’à en prendre la tête avec l’Empereur Constantin (272-337). Dans le verset 4:157, la crucifixion est donc surtout visée en tant que //symbole// : en tant que //signifiant// étroitement lié à l'expérience historique de la Rome impériale, devenue obsolète dans l'Arabie du VIIe siècle. Comment désintriquer l'héritage chrétien de l’expérience historique romaine, sans retomber pour autant dans la polémique juive ? 
 + 
 +Si le Coran soustrait Jésus à l’expérience de la crucifixion, c’est pour dissocier l’Empire Romain du prédicateur juif, et le prédicateur juif de l’Empire Romain, afin de les rendre l’un et l’autre à l’Histoire. Dieu nous demande de croire en cette vérité spirituelle, non pour en faire un marqueur identitaire de plus face au chrétien, mais afin que celle-ci nous guide dans une contemplation plus objective de toute cette affaire - où se joue tout de même l’Histoire du monde… 
 + 
 +===== Lecture épistémologique ===== 
 +À la veille de la révélation coranique, en Arabie, des royaumes juifs et chrétiens se font la guerre - par exemple au VIe siècle les [[wpfr>Martyrs de Najran]] par « les gens d’al-Ukhdûd » (Coran 85:4, selon l'exégèse d'Ibn Kathir). Dans ce contexte, la révélation //pacifie le terrain// à propos de la mort de Jésus, en contestant à la fois la mémoire juive de l'évènement et les « conjectures » de la tradition chrétienne. Elle inaugure là une nouvelle posture, //épistémologique//[[fr:glossaire:epistemologie|*]], qui rend possible l’objectivité historique. 
 +<WRAP alsqr tip centeralign> 
 +**En tant qu'anthropologue, ce verset me parle de la difficulté inhérente aux <wrap alsqr>sciences sociales</wrap>, toujours écartelées entre le <wrap nif>vécu des acteurs</wrap> et la faiblesse des <wrap hurma>interprétations surplombantes</wrap>.**
 </WRAP> </WRAP>
-Insister sur la non-crucifixion de Jésus, c'est souligner que Jésus n'est pas hors de l'Histoire - pas plus que l'Empire Romain, pas plus que les universitaires du courant historico-critique (c'est tout de même paradoxal qu'il faille le leur rappeler…). 
  
-Avec ce //shubbiha lahum//le Coran vise surtout la crucifixion en tant que //symbole// : en tant que //signifiant// étroitement lié à l'expérience historique romaine, devenu obsolète dans l'Arabie du VIIème siècle, et dont il s'agit de désintriquer l'héritage chrétien.\\ +En effet, l’égarement dénoncé ici est de deux types : 
-Il se trouve que depuis la Renaissance, la chrétienté latine a eu précisément la démarche inverse elle a cherché à //-intriquer// aux symboles de l'antiquité l'expression de sa foi - pas seulement dans l'architecture des églisesaussi dans les domaines intellectuels et scientifiques.+  * <wrap nif>égarement d’une mémoire auto-centréequi adhère à la revendication communautaire « Nous avons tué le Messie » ;</wrap> 
 +  * <wrap hurma>égarement d’une mémoire spéculative, qui se résout « faute de preuves » à « suivre des pensées » (//ittibâ’ al-zann//, traduit ici par //conjectures//).</wrap>
  
-En toute logique, la reconnaissance préalable de ce « chassé-croisé » devrait former le socle des études historico-critiques modernes, lorsqu'elles prétendent apporter quelque chose de neuf à une exégèse musulmane déjà dotée de son propre héritage critique. Je ne suis pas spécialiste de ce domaine, mais cela ne me semble pas être le cas.\\ +Cette dualité recouvre les deux égarements évoqués en conclusion de l’Ouverture ([[https://www.taez.fr/coran/sourate001.html#007| ]][[..:001:007|Coran 1:7]])prière que les musulmans récitent //a minima// dix-sept fois par jour : 
-Souvent ces démarches me frappent plutôt par leurs accents « positivistes » :+> //<wrap alsqr>« Guide-nous dans la Voie droite ;\\ la voie de ceux que Tu as comblés de bienfaits,</wrap>\\ <wrap nif> non celle de ceux qui ont mérité Ta colère</wrap>\\ <wrap hurma> ni celle des égarés ! »</wrap>// 
 + 
 +C’est le message central du Coran, et il est complètement évacué par les commentateurs médiévaux - ou plutôt par notre lecture de ces derniers, souvent superficielle et anachronique.\\ 
 +Il ne faut pas non plus tomber dans l’excès inverse, qui consiste à réduire le verset à sa contextualisation historique. 
 + 
 +===== L’impasse historico-critique ===== 
 + 
 +Avec le verset 4:157, le Coran tente donc de désintriquer l'héritage monothéiste de l’expérience historique romaine. Et il se trouve que depuis la Renaissance, la chrétienté latine a eu précisément la démarche inverse : elle a cherché à //ré-intriquer// l'expression de sa foi aux symboles de l'Antiquité : 
 +  * d’abord dans l'architecture des églises et dans l’art <wrap lo>- le thème du portement de croix se développe d’ailleurs dans cette période, vers le XVe siècle (le christianisme antique était moins porté vers les arts visuels, suspects de paganisme, et surtout pas vers le culte de cette image-là…) ;</wrap> 
 +  * mais aussi dans les domaines intellectuels et scientifiques.\\ D’où le cartésianisme[[fr:glossaire:cartésianisme|*]], la virtuosité intellectuelle d’<wrap nif>une intuition</wrap><wrap alsqr> « crucifiée » </wrap><wrap hurma>sur le formalisme mathématique</wrap>, et culminant dans le fameux //je pense donc je suis//. 
 + 
 +**La reconnaissance préalable de ce « chassé-croisé » devrait former le socle des études historico-critiques modernes**en toute logique, dès lors qu'elles prétendent apporter quelque chose de neuf à une exégèse musulmane déjà dotée de son propre héritage critique.\\ 
 +Je ne suis pas spécialiste de ce domaine, mais cela ne me semble pas être le cas <wrap lo>([[fr:explorer:monotheisme:islam_majuscule|Déboires de l'Islam majuscule]])</wrap>Le plus souvent, ces démarches me frappent plutôt par leurs accents « positivistes » :
   * une focalisation sur un contexte historique donné, au détriment de l'histoire globale,   * une focalisation sur un contexte historique donné, au détriment de l'histoire globale,
   * dans l'ignorance des considérations épistémologiques générales, sous-jacentes à toute recherche en sciences sociales\\ – soit tout ce que Bateson appelle la //structure qui relie//[[fr:glossaire#lsqr|*]].   * dans l'ignorance des considérations épistémologiques générales, sous-jacentes à toute recherche en sciences sociales\\ – soit tout ce que Bateson appelle la //structure qui relie//[[fr:glossaire#lsqr|*]].
-En conséquence de quoisous couvert de laïcité, ces approches ne font que « jeter de l'huile sur le feu » de vieilles rivalités confessionnelles, sans doute inconsciemment.+En conséquence de quoi sous couvert de laïcité, et sans doute inconsciemment, ces approches ne font que « jeter de l'huile sur le feu » de vieilles rivalités confessionnelles.
  
 Peut-être cette neutralité serait-elle plus crédible - puisqu'ils s'en réclament « au nom de la Science » - si elle s'ancrait dans une véritable culture scientifique de sciences sociales généralistes, ménageant la possibilité d'un dialogue méthodologique avec l'ethnographie réflexive, et l'anthropologie du monde contemporain. Peut-être cette neutralité serait-elle plus crédible - puisqu'ils s'en réclament « au nom de la Science » - si elle s'ancrait dans une véritable culture scientifique de sciences sociales généralistes, ménageant la possibilité d'un dialogue méthodologique avec l'ethnographie réflexive, et l'anthropologie du monde contemporain.
  
 ===== Le sermon de Ziad ===== ===== Le sermon de Ziad =====
 +Dès mes premières études sur la société yéménite (2003-2005), j’ai eu une conscience aiguë des effets de l’objectivation sociologique. Comment écrire sans détruire ma position sur le terrain, sans « crucifier » les partenaires de mon enquête ?
 +
 +C’est cette question qui m’a conduit, en première année de thèse (2005-2006), à centrer plutôt mon travail sur l’homoérotisme[[fr:glossaire:homoérotisme|*]] ou les faux-semblants d’homosexualité, sous une tyrannie postcoloniale de la virilité (assez semblable à celle évoquée plus haut dans l’Empire Romain…).\\
 +Vers 2007 il était temps de rédiger ma thèse, et [[fr:comprendre:personnes:ziad|Ziad]] venait d’être interné en hôpital psychiatrique et traité aux électrochocs. On avait voulu voir si « par hasard » la Science occidentale pouvait le remettre au travail (après le décès de son frère aîné Nabil, qui nourrissait toute la famille avec son poste à la Municipalité) : personne là-bas n’a jamais cru au diagnostique de schizophrénie. Pourtant ici en France, mes interlocuteurs académiques disaient : « Il serait devenu fou de toute façon… ». Et plus je tentais de leur répondre, plus je « crucifiais » paradoxalement Ziad, en le mettant au centre de ma thèse…
 +
 +D’autres me disaient : « Écris un roman ! » - sans comprendre qu’on ne peut pas écrire un roman sur une personne vivante, sans l’y enfermer pour toujours. J’ai toujours pensé que les sciences sociales n’étaient pas cela, qu’elles ne devaient pas être cela. En tant que musulman, ma foi consiste à ne pas écrire dans ces conditions-là.
  
 +Je me focalise sur le verset 157 de la sourate //Les Femmes// parce que pour moi, il a toujours résumé l’enjeu de mon engagement <wrap lo>(voir [[fr:modele:ising:point_critique#shubbiha|Le point critique de ma petite histoire]])</wrap>. Puisque Jésus n’a pas été crucifié, il fallait partir dans l’islam en quête d’un autre type de science, d’un autre type d’écriture, de nature à conjurer l’effondrement. D’où l’identification de Ziad à Jésus, paradoxalement encore. Je ne sais s’il s’est vraiment converti, je ne sais même pas si la question a un sens. Je pense surtout qu’il y a là un appel à l’aide, qu’il adresse à travers moi aux chrétiens comme aux musulmans.
  
 > //- « Tu as perdu ta place dans mon coeur. Tu t’es débarrassé à mes yeux de toute valeur et de toute beauté. Et le vrai problème est là : non seulement Taez et la Maison al-Khodshy se sont effondrées, d’elles-mêmes elles se sont enterrées vivantes, mais toi aussi à mes yeux, tu t’es totalement détruit. Or tu sais, la chose de la vie entière la plus importante : qui sera humain aux yeux de Ziad ? Qui es-tu pour lui ? C’est le sens de la vie pour tout être humain, et la vie de toute personne se résume dans cette question. Qui a renoncé à sa place auprès de Ziad, il peut se repentir par la terre et les cieux, sa repentance ne signifie rien. Ziad est la vie-même. Qui conteste cela s’est tué lui-même et n’a plus de vie. Toi le Français, qui es-tu donc auprès de Ziad ? Sache-le et tu connaîtras ta vie. »// > //- « Tu as perdu ta place dans mon coeur. Tu t’es débarrassé à mes yeux de toute valeur et de toute beauté. Et le vrai problème est là : non seulement Taez et la Maison al-Khodshy se sont effondrées, d’elles-mêmes elles se sont enterrées vivantes, mais toi aussi à mes yeux, tu t’es totalement détruit. Or tu sais, la chose de la vie entière la plus importante : qui sera humain aux yeux de Ziad ? Qui es-tu pour lui ? C’est le sens de la vie pour tout être humain, et la vie de toute personne se résume dans cette question. Qui a renoncé à sa place auprès de Ziad, il peut se repentir par la terre et les cieux, sa repentance ne signifie rien. Ziad est la vie-même. Qui conteste cela s’est tué lui-même et n’a plus de vie. Toi le Français, qui es-tu donc auprès de Ziad ? Sache-le et tu connaîtras ta vie. »//
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-===== The Study Quran on verse 4:157 =====+====== The Study Quran on verse 4:157 ======
 (Accessible [[https://ia803008.us.archive.org/22/items/TheStudyQuranANewTranslationAndCommentaryBySeyyedHosseinNasr/TheStudyQuranANewTranslationAndCommentaryBySeyyedHosseinNasr.pdf|ici]], pp 481-483) (Accessible [[https://ia803008.us.archive.org/22/items/TheStudyQuranANewTranslationAndCommentaryBySeyyedHosseinNasr/TheStudyQuranANewTranslationAndCommentaryBySeyyedHosseinNasr.pdf|ici]], pp 481-483)
  
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fr/theologie/coran/004/157.1692369507.txt.gz · Dernière modification : 2023/08/18 16:38 de mansour

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