Une théorie critique de l’intersexuation

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Ce qu’elle est

La critique de l’intersexuation est une synthèse entre la critique batesonienne* et la morale islamique de la différence des sexes*, construite autour de la notion arabe de takhannuth (traduit par « intersexuation »).

Ce qu’elle n’est pas

La critique de l’intersexuation n’est pas une critique des personnes intersexuées (i.e. des hommes efféminés et des femmes masculines), ni des pratiques sexuelles des uns ou des autres.
Sur Wikipedia, la version arabe de la page « intersexuation » est intitulée thanâ’iyyat al-jins (ثنائية الجنس), expression forgée sur le modèle latin (inter-sexuation), qu’on peut aussi traduire par « dualité du sexe ». De manière compréhensible et légitime, les personnes concernées ont préféré contourner le terme arabe khuntha, traduction du concept biologique et médical d’intersexuation, élaboré au XIXe siècle.
⇒ L’objet d’une théorie critique de l’intersexuation, c’est justement de réhabiliter l’univers notionnel associé à la racine arabe (kh-n-th), y compris dans sa connotation critique et négative. Pas pour embêter des personnes particulières, je le répète, mais pour mettre en valeur sa pertinence épistémologique à l’épreuve des problèmes du monde contemporain.

Précédente tentative

Cette démarche reprend, à quinze ans de distance, un projet de recherche rédigé à l’automne 2008 en vue du Prix Michel Seurat du CNRS. Ce projet mettait en évidence une culture de la vulgarité propre à la ville de Taez, centrée sur le mot makhnatha, terme du dialecte yéménite que je traduisais par « saloperie », et que je tentais d’élever à la dignité de « concept indigène »*. L’enjeu était de mettre au jour la conscience historique des Yéménites, leur capacité réflexive* quant à leur propre corruption. Conscience qui s’est brusquement exprimée au grand jour en 2011, mais organisations partisanes et institutions internationales n’ont pas su la valoriser.
L’échec de cette thèse s’inscrit dans le même drame historique : démarrée en 2005, elle est finalement abandonnée en 2013. Entre les exigences du milieu académique et celles de la pensée critique musulmane, je n’ai pas su faire le pont à l’époque. Cette théorie critique de l’intersexuation s’en donne les moyens.

Outre les matériaux de ma thèse dans le Yémen des années 2000, j’entends tirer tous les enseignements du drame historique des années 2010, afin d’affronter le contexte géopolitique des années 2020, marqué par la guerre en Ukraine (et le rapprochement irano-saoudien très récemment), où ces question d’intersexuation jettent de « l’huile idéologique » sur le feu à l’échelle internationale.

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L’intersexuation en termes batesoniens.

Corine Fortier, anthropologue au Collège de France, est une spécialiste très sérieuse de ces questions. Son approche tend vers l’anthropologie structurale , tandis que la mienne tend vers l’ethnographie* et l’épistémologie*. Il est encore trop tôt pour m’articuler précisément à ses travaux - je dois cheminer d’abord vers ma propre intuition - mais c’est prévu !

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