
Dessin satyrique de Gary Larson (1984), largement repris par les anthropologues eux-mêmes à des fins didactiques (ici par exemple).
Je le reprends à mon tour aujourd'hui (2026), pour illustrer un conflit psychique interne aux subjectivités musulmanes diplômées*, qui organise souvent la religiosité en contexte minoritaire.
La scène est dessinée de l’intérieur d’une hutte traditionnelle. Des autochtones, reconnaissables à leur pagne et à leur coiffure un peu ridicule, dissimulent à la hâte un téléviseur, un magnétoscope, ainsi que le lampadaire du salon. Près de la fenêtre, l’un d’entre eux vient de donner l’alerte : « Les anthropologues arrivent ! ». Et de fait, on aperçoit dans le lointain une pirogue qui vient d’accoster, ainsi que deux Européens qui s’approchent, reconnaissables à leur chapeau colonial et à leur carnet…
Publié en 1984 aux Etats-Unis, ce dessin satyrique de Gary Larson (né en 1950) exprime la crise ouverte dans l’anthropologie par l’ère postcoloniale : lorsque la notion de culture devient synonyme de droits politiques, et que les populations étudiées commencent à démontrer leur autochtonie dans le regard de l’anthropologue (voir mon petit théorème…). Cette situation amène un certain nombre de déplacements méthodologiques (« anthropologie postmoderne »*).
« Lorsqu'il est confronté, dès la préparation de son enquête et jusqu'à la publication de ses résultats, à des enquêtés qui le craignent ou l'apprécient, le fuient ou le recherchent, le manipulent ou le contestent, et vis-à-vis desquels il se sent, au fond, toujours coupable d'être là par pure raison scientifique, l'ethnographe n'est pas seul. Il est entouré par les autres ethnographes et, au-delà, par les autres social scientists, sociologues, anthropologues, historiens, morts ou vivants, avec lesquels il partage, au-delà des conflits et des intérêts, une même croyance dans la possibilité et la rigueur spécifique des sciences de la société, une même conviction de faire œuvre collective, une même certitude que le monde où nous vivons ne peut rester ou redevenir vivable que si son intelligibilité croît. »
Florence Weber, Manuel de l’ethnographe, PUF 2009, p. 7 (dernières lignes de l’introduction)
La principale difficulté que j’affronte depuis vingt ans est l’absence de continuité réelle ou de solidarité effective, en France, entre la communauté musulmane et la communauté scientifique des sciences sociales. D'où notre stagnation actuelle dans l’ère postcoloniale tardive*, dont les musulmans portent en partie la responsabilité. Pour autant, je considère que ce n’est pas forcément une fatalité. L’anthropologie de l’islam* n’est pas si ancienne, et cette situation pourrait bien se résoudre un jour sans prévenir, aussi subitement que les « Printemps » de l’année 2011.
Voir également : Cycle de l'anthropologue-musulman
(l'alternative que je propose).
L’expression « anthropology of Islam », dans l’outil d’analyse de fréquence des mots proposé par Google (Ngram viewer), apparaît simplement inexistante jusqu’aux années 1960. Elle ne fait que se développer ensuite, avec plusieurs accélérations successives : 1979 (révolution iranienne), 2001 (attentats), 2011 (Printemps Arabes).
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