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fr:theologie:anthropologie

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 ====== Tawhid et anthropologie ====== ====== Tawhid et anthropologie ======
-**Propositions théoriques en prolongement de mon texte : [[fr:theologie:intersexuation|Tawhîd et intersexuation]]** (6-21 février 2024)+**Propositions théoriquesen prolongement du texte autobiographique [[fr:theologie:intersexuation|Tawhîd et intersexuation]]** (6-21 février 2024)
  
 ===== 1. La Caravelle et le musulman ===== ===== 1. La Caravelle et le musulman =====
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 Les plus belles études structuralistes sur la zone sont peut-être les //Études kabyles// de Pierre Bourdieu, écrites en hommage à Levi-Strauss, mais qui tiraient l’étude de l’honneur[[fr:glossaire:honneur|*]] vers une conception toute autre des sciences sociales. En 1972, les //Études kabyles// sont republiées en préambule à l’//Esquisse d’une théorie de la pratique//, ce n’est pas un hasard. Ce que recherchera l’anthropologie par la suite, c’est la cohérence du geste //ethnographique//[[fr:glossaire:ethnographie|*]] : la cohérence d’une écriture située. Les plus belles études structuralistes sur la zone sont peut-être les //Études kabyles// de Pierre Bourdieu, écrites en hommage à Levi-Strauss, mais qui tiraient l’étude de l’honneur[[fr:glossaire:honneur|*]] vers une conception toute autre des sciences sociales. En 1972, les //Études kabyles// sont republiées en préambule à l’//Esquisse d’une théorie de la pratique//, ce n’est pas un hasard. Ce que recherchera l’anthropologie par la suite, c’est la cohérence du geste //ethnographique//[[fr:glossaire:ethnographie|*]] : la cohérence d’une écriture située.
  
-À la fin de mon premier séjour, dans les circonstances ici relatées, la méthode ethnographique trouve son aboutissement, se réalise, et c’est dans cette expérience que se révèle à moi la possibilité du //tawhîd// : une cohérence du geste et de la parole qui est l’indice de la vérité, sans ambiguïté possible. L’ambiguïté viendra ensuite : le travail de rédaction enfermera cette vérité dans une perspective sociologique, dont je m’échapperai sitôt le mémoire déposé. Pour retourner sur le terrain, je me reconnecte alors à ma « vraie nature » (//fitra//), que j’appelle alors « homosexualité ». Mais l’intersexuation n’est pas une caractéristique individuelle, elle est la condition commune de l’Humanité, qui traverse toutes les situations sociales.+À la fin de mon premier séjour, dans les circonstances ici relatées, la méthode ethnographique trouve son aboutissement, se réalise, et c’est dans cette expérience que se révèle à moi la possibilité du //tawhîd// : une cohérence du geste et de la parole qui est l’indice de la vérité, sans ambiguïté possible. L’ambiguïté viendra ensuite : le travail de rédaction enfermera cette vérité dans une perspective sociologique, dont je m’échapperai sitôt le mémoire déposé. Pour retourner sur le terrain, je me reconnecte alors à ma « vraie nature » (//fitra//), que j’appelle alors « homosexualité ». Mais l’intersexuation[[intersexuation|*]] n’est pas une caractéristique individuelle, elle est la condition commune de l’Humanité, qui traverse toutes les situations sociales.
  
 L’Unicité dans la conception musulmane sunnite est très souvent mal comprise, à l’extérieur mais parfois aussi à l’intérieur de la Communauté. On la comprend comme //calibrage// sur un modèle unique de comportement (l’orthopraxie de la sunna) : l’espoir de retrouver une illusoire authenticité culturelle, en découpant tout ce qui dépasse. Or ce qui est célébré dans la sunna, ce n’est pas l’unité d’une //culture//, plutôt une cohérence du geste et de la parole, dont l’islam sunnite postule qu’elle est ailleurs inégalée. L’Unicité dans la conception musulmane sunnite est très souvent mal comprise, à l’extérieur mais parfois aussi à l’intérieur de la Communauté. On la comprend comme //calibrage// sur un modèle unique de comportement (l’orthopraxie de la sunna) : l’espoir de retrouver une illusoire authenticité culturelle, en découpant tout ce qui dépasse. Or ce qui est célébré dans la sunna, ce n’est pas l’unité d’une //culture//, plutôt une cohérence du geste et de la parole, dont l’islam sunnite postule qu’elle est ailleurs inégalée.
  
-Dans la recherche de cette cohérence, il est inconcevable de faire abstraction des traditions pré-existantes du monothéisme, auxquelles l’islam se réfère par construction. Pour témoigner de ce que le geste et la parole ne furent jamais aussi cohérents que dans l’Arabie du VIIe siècle, il faut d’abord que soient cohérents le geste et la parole du musulman contemporain, et d’abord dans la désignation de l’islam lui-même. Porter la barbe et le qamis, accompagnés du bon comportement, est une option cohérente. Il est également cohérent de témoigner par un comportement intellectuel exemplaire, au sein des institutions héritées de l’histoire monothéiste : le port de la barbe et du //qamis// est dans ce cas optionnel, l’essentiel étant de pointer correctement l’islam //dans le langage propre de l’institution//. Or ce qui se passe avec « l’anthropologie de l’islam », c’est que le geste et la parole pointent des directions différentes : elles piègent l’interlocuteur dans une double contrainte*, en identifiant l’islam dans un non-lieu.+Pour témoigner de ce que le geste et la parole ne furent jamais aussi cohérents que dans l’Arabie du VIIe siècle, il faut d’abord que soient cohérents le geste et la parole du musulman contemporain, et d’abord dans la désignation de l’islam lui-même. Dans cette démarche, il est inconcevable de faire abstraction des traditions pré-existantes du monothéisme[[fr:glossaire:monotheisme|*]], auxquelles l’islam se réfère par construction. Porter la barbe et le qamis est une option cohérente, accompagnés du bon comportement. Il est également cohérent de témoigner par un comportement intellectuel exemplaire, au sein des institutions héritées de l’histoire monothéiste : le port de la barbe et du //qamis// est dans ce cas optionnel, l’essentiel étant de pointer correctement l’islam //dans le langage propre de l’institution//. Or ce qui se passe avec « l’anthropologie de l’islam », c’est que le geste et la parole pointent des directions différentes : elles piègent l’interlocuteur dans une double contrainte*, en identifiant l’islam dans un non-lieu.
    
 Plus grave encore, beaucoup de musulmans diplômés semblent s’être accoutumés à cette dissonance, qu’ils identifient maintenant comme la religion elle-même. Voici un signe qui ne trompe pas. Plus grave encore, beaucoup de musulmans diplômés semblent s’être accoutumés à cette dissonance, qu’ils identifient maintenant comme la religion elle-même. Voici un signe qui ne trompe pas.
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 Au sein des communautés musulmanes occidentales, on entend souvent remettre en cause la condition spécifique du converti : comme quoi en fait, nous le serions tous un peu à cause des années 1970, à cause de l’état d’incroyance généralisée (nous dit-on) qui régnait alors dans les sociétés musulmanes. C’est dit avec de bonnes intentions, comme une preuve d’ouverture à notre égard - sous-entendu : //nous aussi nous sommes impurs, à cause de nos parents…// Voilà le type de discours à partir duquel beaucoup de musulmans occidentaux s’efforcent de faire communauté. Et quand je pose mon poulet rôti sur la table, tout le monde déguerpit… Au sein des communautés musulmanes occidentales, on entend souvent remettre en cause la condition spécifique du converti : comme quoi en fait, nous le serions tous un peu à cause des années 1970, à cause de l’état d’incroyance généralisée (nous dit-on) qui régnait alors dans les sociétés musulmanes. C’est dit avec de bonnes intentions, comme une preuve d’ouverture à notre égard - sous-entendu : //nous aussi nous sommes impurs, à cause de nos parents…// Voilà le type de discours à partir duquel beaucoup de musulmans occidentaux s’efforcent de faire communauté. Et quand je pose mon poulet rôti sur la table, tout le monde déguerpit…
  
-En réalité, ce discours généralise abusivement une condition spécifique : celle des musulmans diplômés issus de parents eux-mêmes diplômés, dans les premières décennies après les Indépendances nationales. Ceux-là effectivement ont souvent dû se construire contre des parents athées - mais au sein d’un système éducatif national, culturellement musulman. Se présenter soi-même comme converti dans ces conditions, c’est confesser malgré soi un échec intellectuel, individuel et collectif : la condition de diplômé était censée donner les moyens de s’élever, de se situer dans l’histoire et le temps ; manifestement le diplôme n’offre plus rien de cela, seulement la maîtrise d’un savoir technique particulier. À travers sa « conversion », le musulman diplômé affirme l’existence d’une autre vérité, à laquelle il se rattache « en wifi », sans mémoire précise du cheminement de cet héritage.\\ +En réalité, ce discours généralise abusivement une condition spécifique : celle des musulmans diplômés issus de parents eux-mêmes diplômés, dans les premières décennies après les Indépendances nationales. Ceux-là effectivement ont souvent dû se construire contre des parents athées - mais au sein d’un système éducatif national, culturellement musulman. Se présenter soi-même comme converti dans ces conditions, c’est confesser malgré soi un échec intellectuel, individuel et collectif : la condition de diplômé était censée donner les moyens de s’élever, de se situer dans l’histoire et le temps ; manifestement le diplôme n’offre plus rien de cela, seulement la maîtrise d’un savoir technique particulier. À travers sa « conversion », le musulman diplômé affirme l’existence d’une autre vérité, à laquelle il se rattache « en wifi », sans mémoire précise du cheminement de cet héritage. 
-Je mets des guillemets au mot « conversion », pas pour suggérer la tiédeur ou la fausseté de l’engagement religieux ; même pas pour contester l’idée d’une //fausse conscience// des sociétés occidentales, dont il faut d’urgence nous extraire. Mais une conversion, cela suppose une transition entre deux points A et B clairement définis : du rationalisme athée vers le christianisme, ou encore du christianisme vers l’islam. Le fait de devenir pratiquant, d’activer une tradition héritée que l’on portait jusque là plus passivement, cela ne relève pas de la conversion. Ou alorson utilise le mot « conversion » au sens du //protestantisme// : je vis dans une société chrétienne, mais pas assez à mes yeux, et j’entends remédier à cette situation //individuellement//, sur la base d’une conception individuelle de la prédestination.\\ + 
-Que des musulmans utilisent le mot « conversion » dans le sens du protestantisme, cela n’est pas anodin. Et il n’y a rien d’étonnant à la réussite du processus en apparence, la formation de communautés nouvelles, par agrégation de ces conversions « wifi ». Cet effacement de l’Histoire a un nom : cette situation où une autre tradition religieuse se coule dans les conceptions théologiques du protestantismeafin de négocier l’existence d’un projet national ou communautaire, cela s’appelle le //sionisme//. Bien sûr, ce sionisme musulman n’apparaît pas comme tel : il reste sous le voile des apparences tissées jour après jour par les sciences sociales, avec la complicité active de nombreux musulmans diplômés (c’est ce processus que j’appelle « anthropologie de l’islam »[[fr:glossaire:anthropologie_de_l_islam|*]]). Mais Allah est clairvoyant : Il connaît les petites démissions ordinaires qui, depuis 2011, ont produit la situation géopolitique où nous nous trouvons aujourd’hui.+Je mets des guillemets au mot « conversion », pas pour suggérer la tiédeur ou la fausseté de l’engagement religieux ; même pas pour contester l’idée d’une //fausse conscience// des sociétés occidentales, dont il faut d’urgence nous extraire. Mais une conversion, cela suppose une transition entre deux points A et B clairement définis : du rationalisme athée vers le christianisme, ou encore du christianisme vers l’islam. 
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 +{{anchor:litteraire}} 
 +La conversion d’un scientifique en littéraire[[fr:glossaire:litteraire|*]], dans certaines conditions, peut également être une expérience particulièrement profonde. En amont de mon premier mémoire (juin 2004) je restais encore physicienmalgré le changement d’orientation dans mes études (automne 2001) : je gardais une réticence chronique à l’égard des sciences sociales, doutant systématiquement quant à leur scientificité. Après mon premier travail par contre, je suis galvanisé, comme un « croisé » des sciences sociales. Je suis habité d’une passion que je n’arrive pas à comprendre, que je n’arrive pas à nommer. Et justement, je dois trouver les moyens d’écrire cette passion qui m’habite - comme un vrai littéraire… D’ailleurs je n’étais plus capable de résoudre la moindre équation à l’époque (je me demandais comment j’avais pu faire prépa!). 
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 +Après lecture de ce récit, qui peut imaginer qu’une personne née dans un milieu musulman se retrouve dans la même situation ? Il peut y avoir des « homosexuels musulmans » : des personnes de culture musulmane adoptant une identité homosexuelle[[fr:glossaire:homosexuel|*]], mais c’est toujours en connaissance de cause, avec une conscience aiguë de la contradiction (qu’elle soit dissimulée ou assumée publiquement). Seul l’Européen[[fr:glossaire:europe|*]] peut cheminer vers l’islam en ne s’en rendant absolument pas compte, appelant « homosexualité » ce qu’en lui-même il reconnaîtra plus tard comme sa foi. Telle est ma situation entre 2004 et 2006, dans la phase où je récolte mes matériaux. À ce stade, l’islam n’est rien d’autre que la culture de mes interlocuteurs, qui d’ailleurs ne m’intéresse pas pour elle-même : je suis là pour faire des sciences sociales généralistes, pour construire des explications avec eux, pas pour les mettre en boîte dans une « culture ». Et si je finis par entrer moi-même dans cette boite, c’est contraint et forcé par la situation. En septembre 2007, je me convertis à une hypothèse ethnographique, sans rien savoir de ce que je m’apprête à découvrir… 
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 +Mais qu'un musulman devienne pratiquant, qu'il active une tradition héritée qu'il portait jusque là plus passivement, cela ne relève pas de la conversion. Le point A reste le point A, quelque soit l’effacement de cette « culture musulmane » héritée, son caractère édulcoré ou insipide, quelque soit l’aliénation coloniale. Ou alors on utilise le mot « conversion » au sens du //protestantisme// : je vis dans une société chrétienne, mais pas assez à mes yeux, et j’entends remédier à cette situation //individuellement//, sur la base d’une conception individuelle de la rédemption. 
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 +{{anchor:sionisme}} 
 +Que des musulmans utilisent le mot « conversion » dans le sens du protestantisme, cela n’est pas anodin. Cette situation où une autre tradition religieuse se coule dans les conceptions théologiques du protestantisme, afin de négocier l’existence d’un projet national ou communautaire, cela s’appelle le //sionisme//[[fr:glossaire:sionisme|*]]. Et il n’y a rien d’étonnant à la réussite du processus en apparence, la formation de communautés nouvelles, par agrégation de ces conversions « wifi ». Cet effacement de l’Histoire a un nommême si le //sionisme musulman// n’apparaît pas encore comme tel : il reste encore sous le voile des apparences tissées jour après jour par les sciences sociales, avec la complicité active de nombreux musulmans diplômés (c’est ce processus que j’appelle « anthropologie de l’islam »[[fr:glossaire:anthropologie_de_l_islam|*]]). Mais Allah est clairvoyant : Il connaît les petites démissions ordinaires qui, depuis 2011, ont produit la situation géopolitique où nous nous trouvons aujourd’hui.
  
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 ==== (Interférences de l'Incarnation) ==== ==== (Interférences de l'Incarnation) ====
 +<wrap todo>Encore en chantier…</wrap>
  
 Octobre 2003 est la clé de voûte de tout mon travail : au sens où chacun des textes que j’ai produit depuis vingt ans, visait d’une manière ou d’une autre à poser cette dernière pierre, chaque échec appelant en réponse une surenchère de moyens, un système de voûte un peu plus complexe.\\ Octobre 2003 est la clé de voûte de tout mon travail : au sens où chacun des textes que j’ai produit depuis vingt ans, visait d’une manière ou d’une autre à poser cette dernière pierre, chaque échec appelant en réponse une surenchère de moyens, un système de voûte un peu plus complexe.\\
fr/theologie/anthropologie.1708625303.txt.gz · Dernière modification : 2024/02/22 19:08 de mansour

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