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====== Une araignée sur le mur ====== | ====== Le mur ====== |
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//Lundi 28 octobre 2024// | |
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{{ :fr:comprendre:images:enquete:zabid-29oct07.jpg?nolink |Dans une mosquée à Zabid, le 29 octobre 2007}} | {{ :fr:comprendre:images:enquete:zabid-29oct07.jpg?nolink |Dans une mosquée à Zabid, le 29 octobre 2007}} |
//Dans une mosquée à Zabid, le 29 octobre 2007.// | <wrap lo>//Dans une mosquée à Zabid, le 29 octobre 2007.//</wrap> |
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| //Lundi 28 octobre 2024// |
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===== La rentrée des classes ===== | ===== La rentrée des classes ===== |
Première heure du premier jour de cours, le responsable de la formation prend la parole :\\ | Première heure du premier jour de cours, le responsable de la formation prend la parole :\\ |
Repensant à cette expérience la nuit suivante, vers une ou deux heures du matin, l’image qui me vient est celle de la navette //Mars Explorer// qui allume ses rétrofusées, s’approche de la surface et se pose, sur le sol de la planète rouge. Ou encore cette araignée qui, fuyant le sol et ses dangers imprévisibles, a élu domicile au plafond. Soudain, il n’y a plus d’échafaudage, ni de singe, plus de viaduc et plus de train. Il y a juste le texte, et moi face au mur qui me déplace, actionnant des articulations mentales, jusque là insoupçonnées. | Repensant à cette expérience la nuit suivante, vers une ou deux heures du matin, l’image qui me vient est celle de la navette //Mars Explorer// qui allume ses rétrofusées, s’approche de la surface et se pose, sur le sol de la planète rouge. Ou encore cette araignée qui, fuyant le sol et ses dangers imprévisibles, a élu domicile au plafond. Soudain, il n’y a plus d’échafaudage, ni de singe, plus de viaduc et plus de train. Il y a juste le texte, et moi face au mur qui me déplace, actionnant des articulations mentales, jusque là insoupçonnées. |
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===== Dans la nuit du texte ===== | ===== Une araignée dans la nuit du texte ===== |
Le texte comme une ville en ruine, plongée dans une nuit profonde, et moi à tel étage de tel immeuble, éventré par les bombardements. À tâtons, je dois explorer onze pièces successives, et je n’en suis qu’à la première. Il n’y a pas de lumière, pas de couloir ordonné ni de portes à ouvrir : dans les murs il y a seulement des trous béants qui permettent d’apercevoir la pièce voisine, en partie seulement, jamais au-delà. Parmi les gravats il y a des canapés et des ours en peluche, signes de la vie d’avant. Ils me sont bien sûr utiles pour me repérer dans cette nuit, mais je sais aussi que rien ne sera plus jamais comme avant. Je suis maintenant une araignée, je ne songe pas à m’asseoir dans les fauteuils ou à sauter sur les lits, seulement à faire des liens à travers le texte. | Le texte comme une ville en ruine, plongée dans une nuit profonde, et moi à tel étage de tel immeuble, éventré par les bombardements. À tâtons, je dois explorer onze pièces successives, et je n’en suis qu’à la première. Il n’y a pas de lumière, pas de couloir ordonné ni de portes à ouvrir : dans les murs il y a seulement des trous béants qui permettent d’apercevoir la pièce voisine, en partie seulement, jamais au-delà. Parmi les gravats il y a des canapés et des ours en peluche, signes de la vie d’avant. Ils me sont bien sûr utiles pour me repérer dans cette nuit, mais je sais aussi que rien ne sera plus jamais comme avant. Je suis maintenant une araignée, je ne songe pas à m’asseoir dans les fauteuils ou à sauter sur les lits, seulement à faire des liens à travers le texte. |
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===== Zoumouroud et Noureddine ===== | ===== Comment j'ai appris ===== |
Dans l’histoire des sciences islamiques, [[wp>Zabîd]] est une ville immense. Située dans la plaine côtière de la Tihama, elle a été la plaque tournante du commerce entre l’Asie et l’Afrique de l’Est sous les souverains Rasoulides, qui avaient leur résidence à Taez dans les montagnes, entre les VIIe et IXe siècle de l’Hégire (1229-1454). Selon un chroniqueur de cette époque, on y dénombrait entre 230 et 240 mosquées, qui accueillaient de nombreux étudiants…\\ | Dans l’histoire des sciences islamiques, [[wp>Zabîd]] est une ville immense. Située dans la plaine côtière de la Tihama, elle a été la plaque tournante du commerce entre l’Asie et l’Afrique de l’Est sous les souverains Rasoulides, qui avaient leur résidence à Taez dans les montagnes, entre les VIIe et IXe siècle de l’Hégire (1229-1454). Selon un chroniqueur de cette époque, on y dénombrait entre 230 et 240 mosquées, qui accueillaient de nombreux étudiants…\\ |
Aujourd’hui, la ville ancienne est classée au patrimoine de l’UNESCO. Un chercheur français y a d’ailleurs largement contribué, [[https://cefrepa.cnrs.fr/fr/team/bonnenfant-paul/|Paul Bonnenfant]], à travers plusieurs études et de beaux livres d’art. Également le poète italien Pier Paolo Pasolini (1922-1975), qui y a tourné une adaptation des //[[wpfr>Les_Mille_et_Une_Nuits_(film,_1974)|Mille_et_Une_Nuits]]//, Prix du Jury au Festival de Cannes en 1974. Plusieurs scènes sont tournées au souk avec la population locale : la ville à l’époque était encore vivante… | Aujourd’hui, la ville ancienne est classée au patrimoine de l’UNESCO. Un chercheur français y a d’ailleurs largement contribué, [[https://cefrepa.cnrs.fr/fr/team/bonnenfant-paul/|Paul Bonnenfant]], à travers plusieurs études et de beaux livres d’art. Également le poète italien [[wpfr>Pier Paolo Pasolini]] (1922-1975), qui y a tourné une adaptation des //Mille et Une Nuits//, Prix du Jury au Festival de Cannes en 1974. Plusieurs scènes sont tournées au souk avec la population locale : la ville à l’époque était encore vivante… |
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Quand je suis allé à Zabid en octobre 2007, la ville ancienne était propre, mais déserte. Comme il faisait chaud, je me suis réfugié un long moment dans cette mosquée, où personne ne m’a dérangé. Je venais de me convertir à l’islam, mais j’entamais surtout ma troisième année de thèse dans une université française (Aix-Marseille). Je n’avais rien à faire dans le vieux Zabid, puisque ma thèse portait sur la culture urbaine dans le Yémen contemporain, mais j’avais voulu visiter Al-Hodeïda, le grand port moderne de la Tihama. J’étais accompagné du jeune [[fr:comprendre:personnes:ammarr|Ammar]], l’un des personnages de mon enquête, que j’avais convaincu avec difficulté - pourtant je prenais en charge les dépenses du voyage. Déjà sur le trajet aller, Ammar avait commencé à râler, quand j’avais parlé de faire étape à Zabid sur le chemin du retour. Le soir nous nous étions disputés, devant le réceptionniste de l’hôtel : Ammar voulait que nous dormions dans deux chambres séparées. Du coup je l’avais laissé en plan : libre à lui de trouver où dormir, dans une //locanda// quelque part, et de rentrer à Taez par ses propres moyens. Ainsi, j’avais pu visiter Zabid tranquillement… | Quand je suis allé à Zabid en [[fr:comprendre:moments:accueil#2007|octobre 2007]], la ville ancienne était propre, mais déserte. Comme il faisait chaud, je me suis réfugié un long moment dans cette mosquée, où personne ne m’a dérangé. Je venais de me convertir à l’islam, mais j’entamais surtout ma troisième année de thèse dans une université française (Aix-Marseille). Je n’avais rien à faire dans le vieux Zabid, puisque ma thèse portait sur la culture urbaine dans le Yémen contemporain, mais j’avais voulu visiter Al-Hodeïda, le grand port moderne de la Tihama. J’étais accompagné du jeune [[fr:comprendre:personnes:ammarr|Ammar]], l’un des personnages de mon enquête, que j’avais convaincu avec difficulté - pourtant je prenais en charge les dépenses du voyage. Déjà sur le trajet aller, Ammar avait commencé à râler, quand j’avais parlé de faire étape à Zabid sur le chemin du retour. Le soir nous nous étions disputés, devant le réceptionniste de l’hôtel : Ammar voulait que nous dormions dans deux chambres séparées. Du coup je l’avais laissé en plan : libre à lui de trouver où dormir, dans une //locanda// quelque part, et de rentrer à Taez par ses propres moyens. Ainsi, j’avais pu visiter Zabid tranquillement… |
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| ===== Zoumouroud et Noureddine ===== |
Voilà pour le contexte de cette photo : dans une mosquée totalement vide, un appareil photo entre les mains, je m’adonnais pendant de longues heures au jeu du cadrage, des matières et de la lumière, comme je le faisais adolescent. Comme je le faisais aussi dans le cadre de mes recherches, depuis mon arrivée à Taez quatre ans plus tôt : une scène inaugurale très analogue à celle des //Mille Et Une Nuits//, bien qu’elle se passait au [[fr:comprendre:contextes:Hawdh al-Ashraf]]. Ziad dans le rôle de Noureddine, et moi dans celui de Zoumouroud… | Voilà pour le contexte de cette photo : dans une mosquée totalement vide, un appareil photo entre les mains, je m’adonnais pendant de longues heures au jeu du cadrage, des matières et de la lumière, comme je le faisais adolescent. Comme je le faisais aussi dans le cadre de mes recherches, depuis mon arrivée à Taez quatre ans plus tôt : une scène inaugurale très analogue à celle des //Mille Et Une Nuits//, bien qu’elle se passait au [[fr:comprendre:contextes:Hawdh al-Ashraf]]. Ziad dans le rôle de Noureddine, et moi dans celui de Zoumouroud… |
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Le film de Pasolini est un film érotique. On reste dans l’esthétique globalement pudique des années 1970, mais des sexes dénudés apparaissent plusieurs fois à l’écran (pas dans les extraits proposés ici). À vrai dire, le cinéma actuel est beaucoup plus sophistiqué dans sa pornographie… Non, le film est érotique surtout dans son esprit : c’est là un fil conducteur explicite, assumé. | Le film de Pasolini est un film érotique. On reste dans l’esthétique globalement pudique des années 1970, mais des sexes dénudés apparaissent plusieurs fois à l’écran (pas dans les extraits proposés ici). À vrai dire, le cinéma actuel est beaucoup plus sophistiqué dans sa pornographie… Non, le film est érotique surtout dans son esprit : c’est là un fil conducteur explicite, assumé. |
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| //[[wpfr>Les_Mille_et_Une_Nuits_(film,_1974)|Les Mille et Une Nuits]]// de Pier Paolo Pasolini |
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L’affiche du film donnait le ton, avec cette //jambiyya// en forme de phallus - le même poignard yéménite que j’utilise dans les schémas de ce site. Le film demande au spectateur de faire jouer son imagination, et je fais de même avec le lecteur, au fond, chaque fois que j’utilise mon [[fr:code couleur]]. Mon enquête au Yémen a l’érotisme pour fil conducteur, pour une raison très simple : dans mes interactions avec les Yéménites, je refusais d’être perpétuellement assigné à la « perversité » occidentale, tout en devant assumer ma condition objective de chercheur, d’observateur, et donc finalement de //voyeur//. La problématique de l’érotisme s’est imposée dans mon enquête //à mon corps défendant//, ce qui n’en fait pas une enquête //impudique//. C’est même précisément l’inverse ! | L’affiche du film donnait le ton, avec cette //jambiyya// en forme de phallus - le même poignard yéménite que j’utilise dans les schémas de ce site. Le film demande au spectateur de faire jouer son imagination, et je fais de même avec le lecteur, au fond, chaque fois que j’utilise mon [[fr:code couleur]]. Mon enquête au Yémen a l’érotisme pour fil conducteur, pour une raison très simple : dans mes interactions avec les Yéménites, je refusais d’être perpétuellement assigné à la « perversité » occidentale, tout en devant assumer ma condition objective de chercheur, d’observateur, et donc finalement de //voyeur//. La problématique de l’érotisme s’est imposée dans mon enquête //à mon corps défendant//, ce qui n’en fait pas une enquête //impudique//. C’est même précisément l’inverse ! |