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fr:comprendre:moments:11_septembre_2001

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 En septembre 2001, j'avais vingt et un ans et je faisais mon stage de maîtrise sur une manipulation d'atomes froids, au troisième sous-sol de l'Institut d'Optique d'Orsay. J'avais commencé trois ans plus tôt à apprendre l'arabe auprès d'un camarade de classe préparatoire, et je venais de découvrir le Yémen au mois de juillet, avec la classe d'arabe de l'Ecole Normale Supérieure. Pour ce stage, j'étais encadré par un jeune doctorant, Georges, qui s'arrachait les cheveux jour après jour sur cette énorme machine, pendant qu'un doctorant plus avancé, Nicolas, rédigeait sa thèse devant une fenêtre, dans un bureau où l'on captait la radio. Nicolas est descendu nous prévenir lorsqu'un avion s'est écrasé sur l'une des deux tours jumelles de New York. Au deuxième avion, j'ai demandé à prendre mon après-midi. On disait que rien ne serait plus jamais comme avant. Mais dès le lendemain, chacun était de retour à son poste de travail. Cependant un mois plus tard, après la reprise des cours, j'annonçais à la Direction de l'Ecole mon intention de me réorienter progressivement vers les sciences sociales. Et deux ans plus tard, je repartais au Yémen pour mon premier terrain dans un quartier de Taez, la troisième ville du pays, sur lequel je me suis arraché les cheveux pendant une dizaine d'années. En septembre 2001, j'avais vingt et un ans et je faisais mon stage de maîtrise sur une manipulation d'atomes froids, au troisième sous-sol de l'Institut d'Optique d'Orsay. J'avais commencé trois ans plus tôt à apprendre l'arabe auprès d'un camarade de classe préparatoire, et je venais de découvrir le Yémen au mois de juillet, avec la classe d'arabe de l'Ecole Normale Supérieure. Pour ce stage, j'étais encadré par un jeune doctorant, Georges, qui s'arrachait les cheveux jour après jour sur cette énorme machine, pendant qu'un doctorant plus avancé, Nicolas, rédigeait sa thèse devant une fenêtre, dans un bureau où l'on captait la radio. Nicolas est descendu nous prévenir lorsqu'un avion s'est écrasé sur l'une des deux tours jumelles de New York. Au deuxième avion, j'ai demandé à prendre mon après-midi. On disait que rien ne serait plus jamais comme avant. Mais dès le lendemain, chacun était de retour à son poste de travail. Cependant un mois plus tard, après la reprise des cours, j'annonçais à la Direction de l'Ecole mon intention de me réorienter progressivement vers les sciences sociales. Et deux ans plus tard, je repartais au Yémen pour mon premier terrain dans un quartier de Taez, la troisième ville du pays, sur lequel je me suis arraché les cheveux pendant une dizaine d'années.
  
-<wrap lo>Ici je dois ajouter un détail. En septembre 2001 j'avais vingt et un ans, et j'étais toujours puceau. Mon adolescence avait été marquée par la maladie puis le décès de mon père, lui-même chercheur en physique des semi-conducteurs. J'avais alors seulement dix-huit, trop jeune encore pour qu'il puisse m'expliquer la physique quantique. En 2001 si je poursuivais dans cette « voie royale », c'était seulement pour suivre sa trace mais mon ambivalence était grandissante, à mesure que les « grands mystères » de cette physique se dévoilaient à moi dans leur terrible banalité((Mon père était le fils d'un compositeur de musique, premier grand prix de Rome en 1933, mais par ailleurs autodidacte sur les autres plans, car d'extraction assez populaire. Il faudrait également évoquer la trajectoire de mon grand-père maternel, Julien Martelly (1912-2004), issu d'une famille de militaires dont il s'était démarqué en choisissant la voie scientifique. Soutenant sa thèse en octobre 1945 sous la direction de Joliot, il fera carrière au CEA et investira la mécanique quantique comme une nouvelle religion, tournant le dos à la foi chrétienne de son milieu d'origine.)). Je cherchais confusément une porte de sortie, mais je n'avais pas beaucoup de pistes à part ma passion pour le monde arabe, ma pratique de la photographie, peut-être mon goût pour le cinéma documentaire. Au mois d'août 2001, une camarade du cours d'arabe susurre à mon oreille le doux mot d'anthropologie. Ma conversion aux sciences sociales coïncide en fait avec mon entrée en sexualité.\\+<wrap lo>Ici je dois ajouter un détail. En septembre 2001 j'avais vingt et un ans, et j'étais toujours puceau. Mon adolescence avait été marquée par la maladie puis le décès de mon père, lui-même chercheur en physique des semi-conducteurs. J'avais alors seulement dix-huit, trop jeune encore pour qu'il puisse m'expliquer la physique quantique. En 2001 si je poursuivais dans cette « voie royale », c'était seulement pour suivre sa trace mais mon ambivalence était grandissante, à mesure que les « grands mystères » de cette physique se dévoilaient à moi dans leur terrible banalité((Mon [[..:personnes:richard_planel|père]] était le fils d'un compositeur de musique, premier grand prix de Rome en 1933, mais par ailleurs autodidacte sur les autres plans, car d'extraction assez populaire (voir [[fr:explorer:propositions:gamme_temperee|ici]]). Il faudrait également évoquer la trajectoire de mon [[fr:explorer:julien|grand-père maternel]], Julien Martelly (1912-2004), issu d'une famille de militaires dont il s'était démarqué en choisissant la voie scientifique. Soutenant sa thèse en octobre 1945 sous la direction de Joliot, il fera carrière au CEA et investira la mécanique quantique comme une nouvelle religion, tournant le dos à la foi chrétienne de son milieu d'origine.)). Je cherchais confusément une porte de sortie, mais je n'avais pas beaucoup de pistes à part ma passion pour le monde arabe, ma pratique de la photographie, peut-être mon goût pour le cinéma documentaire. Au mois d'août 2001, une camarade du cours d'arabe susurre à mon oreille le doux mot d'anthropologie. Ma conversion aux sciences sociales coïncide en fait avec mon entrée en sexualité.\\
 **=> Implications à développer**, voir la page : [[fr:comprendre:processus:Mon pucelage]] (chantier).</wrap>  **=> Implications à développer**, voir la page : [[fr:comprendre:processus:Mon pucelage]] (chantier).</wrap> 
  
fr/comprendre/moments/11_septembre_2001.txt · Dernière modification : de mansour

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