Juchée sur un éperon rocheux au pied d’une grande montagne, la Forteresse Surplombante (Qal’a al-Qâhira) domine une plaine agricole irrégulière. Cette montagne est le Djébel Sabir, qui culmine à 3000 m. d’altitude. Elle appartient au massif d’al-Hujariyya, qui surplombe le détroit de Bab el-Mandeb face à la Corne de l’Afrique. Mais notre forteresse est tournée vers le nord, vers cette plaine agricole suspendue à 1400 m., point de passage naturel pour les caravanes entre Mokha et Aden, la Mer Rouge et l’Océan Indien.
La ville de Taez s’est développée là, sous cette forteresse, à partir du XIIème siècle.
Plus au Nord commencent d’autres montagnes, plus escarpées, des Hauts Plateaux plus arides, vers l’antique ville de Sanaa : un pays reculé peuplé de guerriers farouches, donnant sur le désert d’Arabie.
Mais autour de Taez, le Bas Yémen est une région fertile, arrosée par la mousson, c’est le grenier de l’Arabia Felix. De tout temps, ses habitants ont voyagé vers les côtes d’Afrique de l’Est, puis au vingtième siècle vers la colonie britannique d’Aden, où ils ont fourni l’essentiel de la main d’oeuvre d’un port mondial. C’est là aussi, dans le massif d’Al-Hujariyya, qu’ont été fondées vers les années 1940 les premières écoles modernes au Yémen du Nord.
Taez est un point d’équilibre entre ces espaces géographiques contrastés, entre ces destins divergents qui composent l’expérience yéménite. Taez est la clé du pays, à plus d’un titre. Qui contrôle la ville contrôle le Yémen tout entier.

…Bref, jeter un œil sur une carte suffit pour s'en convaincre, pour qui veut bien le voir :
dans cette guerre, le camps occidental est acculé dans ses contradictions.
26 février 2022
(dans les premières semaines de ce wiki)
Les infographies d’al-Jazeera, après la prise de Bab el-Mandeb par les Houthis.
Un intérêt bien tardif pour la topologie de Taez, prélude à son encerclement désormais total.

Live Universal
Awareness Map, 7 octobre 2026.
19 octobre 2026. Concernant la situation actuelle à Taez, outre l’effroi et la crainte, je ne peux m’empêcher de ressentir une certaine colère. Les télévisions arabes découvrent maintenant la topologie de Taez, à grands renforts d’infographies spectaculaires - mais il est trop tard à présent. Cela fait plus d’une décennie que Taez est cernée, que les Taezis sont contraints d’accéder à leur ville par un réduit montagneux, tandis que les rebelles houthis occupent les plaines alentours - quel paradoxe évident ! Si j’ai choisi cette image comme logo, c’est qu’elle résumait à mes yeux les contradictions de l’alliance occidentale sunnite, à l’échelle globalisée. Or la chute de Taez signifie ni plus ni moins la fin de cette alliance, dont nous découvrons encore à peine les implications.
Quoi qu’il en soit en tant que musulman français, l’encerclement de Taez ne me concerne plus. Il est désormais clair que les Yéménites sont de mèche - comme Ziad le dit ici, comme je le dis depuis 2008 dans mon « petit théorème ». Quelque soit le courage des combattants sur le terrain, quelque soit le nombre de morts au cours de ces journées, il est maintenant évident qu’ils finiront par s’entendre. Ils auront alors tout loisir de découvrir qu’ils avaient toujours été de mèche, de se demander pourquoi ils se sont fait la guerre. Sans doute se retourneront-ils alors contre la diaspora des diplômés*, qui ont creusé collectivement cette fosse dans laquelle le Yémen se débat depuis quinze ans : cela ne me concerne plus. Cela me concernait autrefois, quand ils la creusaient en mon nom, sous l’alibi d’un ordre occidental supposé immuable. Il ne l’est pas, la France aussi est en flammes aujourd’hui. Voilà ce qui me concerne moi, en tant que musulman français.